Francophonie: une candidature rwandaise pour séduire l’Afrique et Macron

Francophonie: une candidature rwandaise pour séduire l’Afrique et Macron

La candidature d’une Rwandaise à la tête de la Francophonie, soutenue par Paris contre la Québécoise Michaëlle Jean, devrait rallier les puissants pays africains, malgré l’anglicisation du Rwanda et consacrer ainsi la volonté du président Emmanuel Macron de « valoriser » l’Afrique, locomotive de la langue française. Officialisée mercredi à Paris par le président rwandais Paul Kagame, dans une déclaration… en anglais, la candidature de la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est notable vue les relations complexes entre le Rwanda et le monde francophone.

Au Rwanda, le français a été remplacé par l’anglais comme langue d’enseignement dès 2008. Et le petit pays d’Afrique centrale, tout en restant membre de l’OIF, a rejoint le Commonwealth.

« Je crois que la ministre a toutes les compétences et les titres pour exercer cette fonction », a cependant déclaré M. Macron, à la suite de M. Kagame, soulignant que Mme Mushikiwabo maîtrisait « parfaitement » le français.

Le français, langue du colonisateur belge, reste certes une des trois langues officielles au Rwanda, aux côtés du kinyarwanda et du kiswahili, mais n’est parlé que par 5,6% de la population. La langue de Molière souffre aussi des relations tendues entre Kigali et Paris, accusé par le Rwanda d’avoir joué un rôle dans le génocide de 1994.

Une candidature rwandaise à l’OIF « n’est pas contradictoire », estime Hugo Sada, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, à Paris. « Le français est toujours bien ancré dans le pays ».

Le Rwanda est par ailleurs dénoncé par certaines ONG pour des violations des droits de l’Homme, dont le respect est une des missions de l’OIF.

Le Rwanda « fait l’objet de beaucoup de controverses », « mais il est au carrefour de l’Afrique francophone et anglophone: c’est un pays caractéristique de la diversité », souligne M. Sada.

Le Rwanda est ainsi l’archétype de la multiculturalité et du plurilinguisme chers à M. Macron.

Cette candidature permet aussi à M. Macron de tenter de rebattre les cartes des relations franco-africaines, un de ses objectifs. « Emmanuel Macron veut passer l’ardoise magique sur toute la période coloniale: Il veut parler à la nouvelle Afrique, celle de la jeunesse. Il veut valoriser l’Afrique », explique Antoine Glaser, journaliste et écrivain français spécialiste de l’Afrique.

Le président Macron suit ainsi la vieille tradition de Paris de considérer l’OIF comme un « outil d’influence » de ses intérêts en Afrique mais « en disant: prenez en charge la Francophonie et ça sera bon pour nous », décrypte-t-il.

L’atout de la candidature de Mme Mushikiwabo est ainsi avant tout d’être … africaine.

Pour M. Sada, « il est normal qu’il y ait une candidature africaine à l’OIF. Les Africains forment le gros du bataillon de la Francophonie », qui compte 83 membres et 274 millions de locuteurs, un chiffre qui pourrait tripler d’ici 2050.

« Je crois très profondément que le centre de gravité de la francophonie d’aujourd’hui, il est en Afrique », a rappelé le président français, aux côtés de M. Kagame.

Jusqu’ici, les secrétaires généraux ont tous été Africains, à l’exception de l’actuelle numéro un, la Québécoise d’origine haïtienne Michaëlle Jean.

Cette dernière a beau avancer ses origines pour se dire afro-descendante, « cela ne passe pas » en Afrique, juge Antoine Glaser.

« Les Africains ont l’impression d’avoir perdu un poste qui devait leur revenir », rappelle-t-il. L’élection de Mme Jean, en 2014 au Sommet de la Francophonie de Dakar, a été due à l’impossibilité des Africains de s’entendre sur un des leurs.

Cette fois-ci, la candidature rwandaise « peut être fédératrice », juge M. Sada, qui rappelle que M. Kagame, président en exercice de l’Union africaine, a « d’excellentes relations avec beaucoup de pays africains ».

Lors du vote au prochain Sommet de la Francophonie, les 11 et 12 octobre en Arménie, Mme Jean – soutenue par les Premiers ministres canadiens et québecois – pourrait de plus avoir du mal à faire oublier les attaques de la presse québécoise sur les dépenses « somptueuses » de « la monarque », notamment pour la rénovation de son appartement de fonction.

Ce n’est pas beaucoup mieux en Afrique, selon M. Glaser, où Michaëlle Jean est « assez décriée, en particulier par la société civile africaine qui lui reproche d’avoir avalisé des pseudo-élections » dans certains pays africains.

« Elle ne sera pas regrettée », estime-t-il.

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