Move With Africa: Rwanda: une éducation à la nutrition

Move With Africa: Rwanda: une éducation à la nutrition

Les enfants rwandais souffrent de malnutrition, non aiguë mais chronique. Avec des impacts sur le long terme.

Des associations luttent contre ce phénomène.

Maman de 3 enfants dont un petit de moins de 5 ans, Niyitegata vient au centre de santé tous les mois. Si cette mère de famille consommait déjà des légumes avant, elle ne savait pas vraiment quels étaient les meilleurs aliments pour ses enfants. Ni comment les préparer. “Les légumes, j’en fais pousser moi-même. Les enfants aiment beaucoup. Ils grandissent bien”, nous rassure­t­elle. “De la viande nous en mangeons deux fois par mois”. Plus de 300 enfants de moins de 5 ans sont suivis dans ce centre du nord du Rwanda. Ils y viennent notamment pour être pesés, un examen auquel les élèves de l’Ecole européenne d’Ixelles ont pu participer. Les mamans y reçoivent également des formations, des conseils.

Le problème de la malnutrition ne se voit pas vraiment au Rwanda. Le pays est vert, les avocats, mangues et bananes poussent partout, les champs sont cultivés et les enfants ont l’air bien nourris“. Dans certaines régions cependant, les gens ne mangent pas toujours à leur faim. Le nombre de repas et la qualité de ceux-ci ne sont pas suffisants à certaines périodes. En avril et en octobre notamment, juste avant les récoltes quand les stocks sont vides”, note Cyprien Rukemanganizi, coordinateur des projets de Caritas dans la région de Nyagatare. Mais le plus souvent il ne s’agit pas de problème de malnutrition aiguë. Plutôt de malnutrition chronique, dont les effets se voient à plus long terme. Cette malnutrition s’installe avec des répercussions importantes, notamment sur le développement du cerveau des enfants.

C’est l’alimentation elle-même qui est en cause. Pas assez de légumes notamment. Les gens n’ont pas pris l’habitude d’en manger. Ils considéraient que c’était pour les plus pauvres qu’eux en période de disette…Concernant les plus jeunes enfants, on note que les mères passent trop vite d’une alimentation au sein à une alimentation pour adulte. Ils préparent le même repas pour tous, or chacun a des besoins spécifiques selon son âge”, poursuit Cyprien Rukemanganizi. La base de l’alimentation c’est la pâte de maïs et le riz avec des haricots rouges. “Ils mangent du manioc. C’est un tubercule source d’énergie mais pas de nutriment ou de vitamine. Ils ont l’impression de bien manger car ils ont le ventre plein. La viande est rarement au menu. Le poisson encore moins.”

Pour lutter contre ce phénomène, l’un des grands principes est l’éducation. Apprendre aux Rwandais à cultiver leurs propres légumes et à les cuisiner. “Il faut bien utiliser la nourriture. Si l’on consomme mal, tous les efforts faits sur la partie agriculture peuvent être réduits à néant”, souligne Cyprien Rukemanganizi. “L’idée est aussi de développer de nouvelles sources de revenus pour prendre en charge les dépenses du ménage. Il s’agira par exemple de transformer les aliments, en faisant des jus, des beignets,… pour les vendre à un meilleur prix.”

Choux, carottes, amarantes–un légume qui ressemble à nos épinards–, papayes,… font la fierté du jardin de Claudine, bénéficiaire de l’Aprojumap, le partenaire local d’Entraide et Fraternité. Pour cultiver ces légumes, qui bénéficient aussi aux voisins, elle a suivi une formation auprès de l’ONG qui peut fournir également les semences, le matériel, un crédit,… Cette formation lui a permis également de lancer avec d’autres une coopérative, qui cultive du maïs dans la région de Huye au sud du pays. “Au départ, Claudine n’avait rien. Maintenant, elle se débrouille toute seule”, explique Eugène Niyigena, responsable local d’Aprojumap, qui évoque aussi le principe crédits rotatifs. Un exemple avec la “vache qui marche ou qui voyage”. Le principe : les villageois se prêtent la vache. Elle est inséminée artificiellement et quand elle a un veau celui qui a la vache à ce moment-là garde le veau et passe la vache à quelqu’un d’autre. Parmi les autres crédits : les lapins. “C’est un peu leur porte­monnaie”, explique Eugène Niyigena. “Les lapins se reproduisent facilement. Quand les villageois ont besoin d’argent, ils en vendent un.”

Solange Berger

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