Move With Africa: découverte du Centre Cachi à Porto-Novo

Move With Africa: découverte du Centre Cachi à Porto-Novo

Move with Africa est une action destinée aux professeurs et aux élèves du 3e degré de l’enseignement secondaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Interculturalité, citoyenneté mondiale, relations nord-sud ; voilà les thématiques qu’aborde l’action initiée par La Libre Belgique, en partenariat avec une dizaine d’acteurs de coopération au développement, le ministère de la Coopération au développement et le ministère de l’Enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.  Avec Move With Africa, 150 jeunes et 30 professeurs s’investissent concrètement dans un projet de coopération au développement en Afrique. Au terme d’une préparation de plusieurs mois, ils partent à la rencontre d’un autre pays, de ses habitants et de leur culture. Ce séjour de 10 à 15 jours leur permet de vivre, d’échanger et de partager avec les acteurs du projet qu’ils soutiennent et de découvrir les actions de leur partenaire. Pour ensuite devenir eux-mêmes des acteurs de changement.

Jeux d’enfants

Après trois jours passés dans le centre Magone de l’ONG VIA Don Bosco, le team D-Clik s’en va en minibus sous la chaleur humide du Bénin découvrir le foyer Cachi à Porto-Novo. Ballottés sur les routes en terre rouge de la ville, les bosses les plus grosses n’empêchent néanmoins pas les jeunes de continuer à jouer au Loup Garou au fond du bus.  Rapidement, nous voila arrivés au centre Cachi, accueillis par Hugues et son grand sourire. « Aujourd’hui c’est vous les patrons du centre » nous  dit  Sénadé, l’assistant social de VIA Don Bosco, qui est aussi notre guide, notre ami et notre source intarissable d’informations sur le Bénin.

Rencontres au Centre Cachi

Passée la porte du centre, nous arrivons dans une petite cour en béton avec, sur la droite, un premier édifice vert où l’on aperçoit déjà le fameux portrait de Don Bosco, protecteur de la jeunesse nous expliquent les Salésiens, membres de la congrégation de Don Bosco, entourés d’enfants béninois. Plus loin, une dizaine de jeunes garçons nous attendent patiemment avec leur éducateur, debout en demi-cercle. A peine arrivés auprès d’eux, les voici qui entonnent une chanson de bienvenue en frappant dans leurs mains, encore légèrement intimidés par nos minois luisants de chaleur et intrigués. On commence par un tour des  prénoms, qui se fait lui aussi en musique. Entre Wijdane  et Dieudonné, les différences  culturelles émergent et la bonne prononciation n’est pas toujours au rendez-vous ! Mais  peu importe, nous voila déjà tous mélangés, assis sur des bancs pour écouter Hugues nous raconter l’histoire du lieu.

Abandons ou départs précipités des mineurs

Le centre Cachi a été créé en 1995 et Hugues lui-même était déjà présent pour s’en occuper. La plupart des enfants présents dans ce centre viennent des commissariats de Cotonou ou de Porto-Novo. Recueillis par la brigade jeunesse de la police, ces jeunes sont ensuite placés dans les centres Don Bosco par le CPS (Centre de Promotion Sociale) béninois. Les trois agents -commissariats, CPS et centres Don Bosco- agissent donc à l’unisson pour venir en aide à ces jeunes, pour comprendre leur histoire et pour essayer à tout prix de renouer les liens avec leurs familles. En effet, pour chaque  enfant une enquête sociale est menée, parfois en partenariat avec le CPS, quand peu d’informations sont connues, pour tenter de retrouver sa famille. Sénadé, notre guide personnel, travaille lui-aussi en tant qu’éducateur social. Il parcourt souvent les petites routes béninoises sur sa moto à la cherche des familles des enfants. Multiples sont les raisons des départs de ces enfants : vu l’extrème pauvreté au Bénin, parfois certaines familles ne savent même pas assurer les repas pour leurs enfants. Ce phénomène est encore plus fréquent quand les parents se séparent et que les mères se retrouvent seules à éduquer leurs enfants. Parfois l’enfant part rejoindre un culte vaudou, critiqué par la société béninoise, pour finalement se retrouver seul et exclu. Un phénomène encore plus fréquent et connu au Bénin, est l’envoi des jeunes par leurs parents dans les grandes villes pour rejoindre un oncle ou une tante. Bien souvent ces pratiques mènent à l’exploitation de l’enfant par ces familles ou encore pire, la vente de ses services comme véritable petit esclave. Les enfants prennent alors la décision de fuir et se retrouvent à la rue. C’est donc tout un travail social en profondeur qui est mené par le centre et ses différentes composantes pour leur venir en aide: assistants sociaux, psychologues, éducateurs, etc. pour rétablir les liens familiaux dissouts. Les retours à la maison ne se font pas toujours sans résistances. Il faut parfois des mois de médiation parentale ainsi qu’un suivi approfondi et régulier pour que ces enfants reprennent leur place dans leur famille. Ce suivi est ponctué de coups de fil de la part des éducateurs ou de relais via différentes antennes du CPS dans les villages. L’idée est bien évidemment de sensibiliser les parents et la communauté à ces nombreux cas de départs ou d’abandons des enfants.

Apprendre l’insouciance

Après ce discours lourd en émotions, Tristan prend les choses en main et nous propose un jeu pour apprendre les prénoms. Scout dans l’âme, il ne lui faut pas longtemps pour capter l’attention de tout le monde et les faire former un grand cercle main dans la main. Ce matin, on jouera à PAN. « Quand je dis un nom, cette personne s’abaisse  et les deux personnes à ses cotés doivent se tirer dessus. Le plus rapide gagne et l’autre doit sortir du cercle ». S’ensuivent fous rires, exclamations et sourires entre les jeunes de plus en plus excités malgré la chaleur qui ne fait qu’augmenter au fil des heures. Et les jeux de s’enchainent : entre le jeu du mouchoir, Jacadit et 1,2,3 Piano, on ne sait plus où donner de la tête. Les éducateurs béninois nous observent interloqués ou totalement écroulés de rire, surtout lorsqu’il s’agit d’observer les enfants jouer à 1,2,3 piano. « Tu as bougé, tu retournes sur la ligne du départ » hurle Chaimae. Tout est mis en place pour déconcentrer ces statues humaines figées mais légèrement tremblotantes. Marie-Jo, Pedro et Chaimae sont rapidement rejoints par les éducateurs béninois qui eux aussi s’amusent à défiler parmi ces petits corps rigides pour réussir à en faire bouger un. Entre reniflements de sangliers, regards perçant et grimaces en tous genres, diverses sont les techniques pour faire pouffer de rire les enfants qui finissent dans les bras de jeunes Belges en direction de la case départ. En observant ces scènes, on ne peut que constater le rôle fondamental du jeu dans la prise en charge d’enfants des rues. Le jeu crée de la solidarité et de la confiance et il suscite un sentiment d’intimté entre les êtres.  Il permet à des jeunes, qui n’ont pas pu vivre pleinement leur enfance, de retrouver des moments d’innocence et de joie.

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