Masisi : Grogne des creuseurs suite à la fermeture d’une mine de coltan

Masisi : Grogne des creuseurs suite à la fermeture d’une mine de coltan

Par Esther Nsapu, correspondante dans l’Est de la RDC

Les creuseurs artisanaux promettent des nouvelles manifestations si la mesure de suspension de l’exploitation du Coltan (colombo-tantalite) par la Société Minière de Bisunzu (SMB) n’est pas levée. Le fait se passe à Rubaya, à 60 kilomètres de la ville de Goma, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu (RDC).

Dans une lettre adressée à la Commission Nationale de Lutte contre la Fraude Minière (CNLFM), la Société minière de Bisunzu annonçait la suspension du protocole d’accord qui la lie à la Cooperama depuis 2013. Elle reproche également à la coopérative d’entretenir l’insécurité et la fraude minière sur les sites miniers.

Ben Mwangachuchu, directeur gérant de la société minière de Bisunzu, explique que son entreprise a constaté une baisse drastique de la production mensuelle de coltan ce qui l’a poussé à prendre cette décision. « Nous avons été obligé de fermer, suite à plusieurs problèmes que nous avons rencontrés. Nous nous sommes rendus compte que nous risquons même de perdre non seulement le système de traçabilité mais aussi nous perdons presque deux containers de coltan chaque mois vers les pays voisins ce qui est un manque à gagner que nous ne pouvons pas accepter. La décision est préventive. Ceci nous permettra d’identifier les vrais creuseurs afin qu’il n’y ait pas de membres de groupes armés infiltrés parmi eux. »

Les creuseurs artisanaux regroupés au sein de la Cooperama, s’insurgent contre la décision de la Société Minière de Bisunzu (SMB) suspendant toutes activités sur les sites miniers de Luwowo, Bundjali,  Mataba, Bibatama, Gakombe et Koyi du PE 4731. Selon Joatham Wementaho, secrétaire général de la coopérative d’exploitants miniers artisanaux : « ils nous accusent de fraude pendant que la Société Minière de Bisunzu (SMB) perçoit 90% de notre production et que les 10 % restants vont à la Société aurifère du Kivu et du Maniema (SAKIMA), c’est incompréhensible. Les creuseurs ne vont pas cesser de manifester leurs indignations si l’autorité provinciale ne s’implique pas. Pour l’instant, certains creuseurs sont en route pour Goma en vue de rencontrer le Gouverneur de province, mais l’armée les a empêchés de poursuivre leur route au niveau de Mushaki à 40 kilomètre de la ville ».

La Société minière de Bisunzu est détentrice du permis d’exploitation des minerais de Rubaya. Sa décision, prise le 2 mai dernier, a créé une tension au sein des creuseurs artisanaux qui promettent de continuer à réclamer l’accès aux sites miniers. Joatham Wementaho ajoute qu’il est sans nouvelles d’une cinquantaine de creuseurs interpellés lundi par la police lors des manifestations à Masisi. Selon lui, outre une dizaine de blessés, le corps sans vie d’un jeune creuseur a été retrouvé mercredi vers Rukaza à Masisi. Il craint qu’il soit mort suite à la répression des manifestations.

Contacté, Fidel Bafilemba, consultant en ressources naturelles pense que cette suspension risque d’accroître les tensions au sein des communautés dans cette zone. Sachant que le territoire de Masisi, est une zone où différents groupes armés coexistent dont les FDLR et les Nyatura, la suspension des activités dans ces mines pourrait amener ces creuseurs artisanaux à reprendre les armes.

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