RDC: le Palu se déchire: au bénéfice du PPRD?

RDC: le Palu se déchire: au bénéfice du PPRD?

Par Marie-France Cros.

Exclusion temporaire et limogeages se succèdent à la tête du Palu. Ce n’est pas la première fois dans ce parti qui n’a jamais tenu de congrès depuis sa constitution, en 1964. Mais cette fois, le patriarche Antoine Gizenga, 92 ans, est à l’hôpital. Saura-t-il contenir les forces qui tentent d’ébranler un immobilisme de près de 54 ans?

Le journal kinois Forum des As a publié ce lundi 7 mai un échange de lettres signées du « patron » du Parti lumumbiste unifié (PALU), Antoine Gizenga et de Wolf Kimasa, Secrétaire permanent et porte-parole du parti.

La première, datée du 1er mai, excluait du parti pour un an Wolf Kimasa, accusé « d’avoir substitué au programme statutaire » du Palu « le sien propre, usurpant ainsi les attributions du Congrès et du Secrétaire général Chef du Parti ». Il est remplacé par Sylvain Ngabu.

La seconde indiquait que le sanctionné considère la première missive comme « un faux »: « Il est impensable que sur le lit d’hôpital il puisse avoir le temps de lire et d’analyser les documents » incriminés « pour prendre une décision d’une telle portée politique » et évoque un possible « abus de faiblesse » envers le nonagénaire. M. Kimasa considère que son discours litigieux, qui date du 21 avril, « ne porte atteinte à aucun des documents de base du parti et ne se substitue nullement au programme statutaire du parti »; « il ne présente que la méthodologie et l’approche du travail pour mieux exécuter le programme du parti ». M. Kumasa, en conséquence « rejette avec vigueur absolue la prétendue décision de son exclusion temporaire ».

L’échange mérite des commentaires.

« Très fatigué »

Le premier est que, lors de sa dernière apparition publique, le 19 mars, lorsqu’il a rendu visite au président hors mandat Joseph Kabila, Antoine Gizenga était apparu singulièrement amoindri: en chaise roulante et un peu hébété – « très fatigué », dirent pudiquement les Kinois, avec tout le respect qu’ils portent à l’âge et leur sens de l’ellipse pour éviter de parler de décès. A la mi-avril, le bruit de celui-ci avait néanmoins couru, une semaine après son hospitalisation à Bruxelles. Il n’en était rien mais la rumeur en dit long sur le choc que représenta l’apparition publique du nonagénaire un mois plus tôt.

Le second commentaire est plus ironique. Il est évidemment amusant que Wolf Kimasa soupçonne un « abus de faiblesse » quand le Vieux Gizenga le dégomme – mais n’en avait rien soupçonné, le 16 mars, lorsque le même nonagénaire hébété l’avait nommé à son poste de Secrétaire permanent, en remplacement de son propre fils, Lugi Gizenga, limogé le même jour avec son adjoint, l’ex-Premier ministre Adolphe Muzito. Les deux hommes étaient sanctionnés pour avoir signé un communiqué avec le MLC (Mouvement de libération du Congo, le parti de Jean-Pierre Bemba, dans l’opposition) indiquant que les deux partis voulaient gagner ensemble aux élections du 23 décembre prochain. Prenant ses fonctions, Wolf Kimasa avait déclaré, le 24 mars, lors d’une conférence de presse, que son prédecesseur avait fait « une simple visite » à l’opposition – sans expliquer pourquoi il devait être limogé pour « une simple visite ».

Contrairement à Wolf Kimasa, Godefroid Mayobo, qui fut longtemps le bras droit d’Antoine Gizenga, avait, lui, refusé de remplacer Muzito – du jamais vu au Palu, où les décisions du patriarche ont valeur de loi.

Pas de congrès depuis 1964

Gizenga tire sa légitimité du congrès constitutif du Palu, en août 1964, dont il fut un des fondateurs et qui le désigna « Secrétaire général Chef du Parti ». Seul un congrès peut changer cela – et Antoine Gizenga n’a jamais fait organiser de congrès.

Plus d’un demi-siècle de domination pèse cependant singulièrement, en particulier depuis qu’Antoine Gizenga, sortant d’une longue léthargie, a rallié Joseph Kabila juste avant le second tour de l’élection présidentielle de 2006, permettant ainsi au « jeune homme » de la remporter. Cela lui avait permis de devenir Premier ministre en 2007, avant de céder la place en 2008 à son fidèle Adolphe Muzito, un neveu: « fatigué », disait alors l’octogénaire, il prenait sa retraite.

S’il était trop fatigué pour être Premier ministre, il l’était aussi pour conduire le Palu, avait déclaré Thérèse Pakasa, un des ténors du Palu dans les années 80-90, durant les années dures du mobutisme, quand les militants élargissaient l’implantation du parti hors du Bandundu de Gizenga et tentaient de maintenir l’esprit Palu sous la dictature, pendant que le « patron » vivait dans le confort de l’exil. Début 2009, Mme Pakasa avait convoqué un congrès, soulignant que les statuts adoptés lors de celui de 1964 ne conféraient qu’un mandat de trois ans à tous les cadres de ce parti. Antoine Gizenga l’avait exclue. Mme Pakasa rejoindra l’opposition.

La révolte de Mme Pakassa et de ses partisans, qui se sentent plus proches de l’opposition que de Joseph Kabila, s’ajoute à une autre source importante de tension au sein du parti: celle qui oppose les Pendes aux ressortissants d’autres ethnies. En 2008, le Comité exécutif national du Palu avait ainsi exclu Godefroid Mayobo: il reprochait au bras droit du Vieux d’avoir trop de partisans – et de n’être pas Pende, ajoutaient les commentaires de presse de l’époque. Gizenga, comme tous les membres du Comité exécutif national, étaient Pendes, soulignait-on alors – mais pas Godefroid Mayobo. Gizenga avait cependant défendu son bras droit et « cassé » la décision du Comité exécutif national.

La bataille pour la succession

Lundi, à Kinshasa, le Forum des As jugeait qu’il était « grand temps, pour Antoine Gizenga, encore vivant, d’évacuer la question de succession ». Son confrère Congo Nouveau jugeait le Palu « écartelé entre sa base et la MP » (Majorité présidentielle) et estimait le parti proche de l’éclatement en raison de la rivalité entre ses cadres pour succéder au Vieux.

Une rivalité peut-être accrue par l’espoir de voir le futur successeur du patriarche profiter de l’accord entre celui-ci et Kabila, selon lequel le Palu aidait le PPRD (parti de Kabila) à gagner en 2011, mais qu’à la présidentielle suivante, ce serait le contraire…

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