RDC: Glencore bloque l’attaque de Gertler

RDC: Glencore bloque l’attaque de Gertler

Par Marie-France Cros.

Le feuilleton minier continue en République démocratique du Congo (RDC). Le géant minier suisse Glencore a en effet obtenu d’un tribunal londonien qu’il bloque temporairement toute initiative de l’homme d’affaires israélien Dan Gertler à son encontre, au sujet d’un différend qui les oppose sur leurs intérêts miniers au Katanga.

C’est l’agence financière Bloombergt qui a annoncé la nouvelle, précisant que la décision du tribunal londonien empêche Dan Gertler de toute nouvelle action au sujet de Kamoto Copper Company (KCC, possédée à 75% par Glencore et à 25% par la Gécamines, la société publique congolaise) jusqu’à ce que ce tribunal se penche sur le conflit quant au fond, le 11 mai prochain.

La société suisse répond ainsi à l’initiative de l’Israélien qui, fin avril, a obtenu du tribunal de commerce de Kolwezi (Katanga) le gel d’avoirs de Glencore, à qui il réclame près de 3 millions de dollars pour des royalties sur Mutanda Mining et Kcc, deux sociétés qui, jusqu’à l’an dernier, étaient la propriété de la Gécamines, de Glencore et de Gertler; ce dernier a revendu ses parts à Glencore pour près d’un milliard de dollars.

Paradise papers

Gertler et Glencore ont été d’étroits partenaires. En novembre dernier, l’enquête « Paradise Papers » du Consortium international de journalistes d’investigation, avait révélé notamment que l’entreprise suisse avait accordé un prêt de 45 millions de dollars à une entreprise de Gertler au Katanga. En raison de ses excellentes relations avec le président congolais, hors mandat depuis 2016, Joseph Kabila, Dan Gertler avait servi d’intermédiaire à Glencore pour que l’entreprise suisse acquière à bas prix des sites miniers en RDC – faisant ainsi perdre des sommes considérables à l’Etat congolais, selon les Paradise Papers.

Cela a placé Glencore dans une position délicate depuis que, le 21 décembre dernier, le département américain du Trésor a imposé des sanctions économiques à Dan Gertler, en vertu d’une législation visant des personnes impliquées dans la corruption à grande échelle et dans des violations des droits de l’homme. Depuis lors, les personnes et entreprises américaines ne peuvent plus entretenir de liens économiques avec l’Israélien et ce dernier est très entravé dans ses affaires puisque toute entreprise étrangère qui ferait des transactions en dollars avec Gertler pourrait être, à son tour, sanctionnée par Washington.

Embarassées par Gertler

En février dernier, l’ONG Resource Matters avait estimé à « plus de 200 millions de dollars » les royalties restant à payer par Glencore aux entreprises de l’ami israélien du président Kabila « d’ici fin 2019 » – et qui ne peuvent donc l’être en dollars. Glencore n’est pas la seule société à être embarrassée par ses liens d’affaires avec Gertler au Congo: Randgold, la minière anglo-sud-africaine, a invoqué la « force majeure » pour demander la fin du contrat qui la lie à une société aurifère détenue majoritairement par l’Israélien, Moku-Beverendi, a indiqué Resource Matters.

Parallèlement à ses problèmes avec son ancien partenaire Gertler, Glencore doit aussi faire face à une offensive de son partenaire public congolais, la Gécamines, qui veut dissoudre KCC. Le tribunal de commerce de Kolwezi doit examiner le differend ce 8 mai prochain.

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