L’écrivain Wilfried N’Sondé récompensé du prix Kourouma 2018

L’écrivain Wilfried N’Sondé récompensé du prix Kourouma 2018

Le nouveau roman du Congolais Wilfried N’Sondé, « Un océan, deux mers, trois continents », a été couronné à Genève du prix Kourouma 2018. Son livre rend hommage à Nsaku Ne Vunda, premier ambassadeur africain auprès du Pape, venu plaider la cause de ses frères enchaînés.

C’est une formidable coïncidence de calendrier. Le livre du Congolais Wilfried N’Sondé a été couronné hier à Genève du prix Kourouma 2018. Son très beau roman « Un océan, deux mers, trois continents » raconte le destin singulier du tout premier Africain nommé ambassadeur auprès du Vatican vers 1604. Un prêtre venu de Luanda, envoyé par le roi des Bakongo afin de plaider la cause de ses frères et soeurs réduits en esclavage. Histoire véridique. Or ce vendredi 27 avril marquait justement le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage… On y voit forcément une illustration de la sagesse du grand Ahmadou Kourouma, écrivain ivoirien en mémoire de qui ce prix a été créé.

Wilfried N’Sondé n’est pas un novice en la matière et son roman illustre bien sa maîtrise de l’art de conter. S’inspirant d’une histoire vraie, celle de Nsaku Ne Vunda dont la statue demeure encore à Rome, Wilfried N’Sondé reconnaît toutefois avoir « pris quelques libertés pour combler les trous dans le récit de sa vie ». Le résultat marie roman d’aventure et récit initiatique, le tout sur fond de réflexion philosophique sur la société humaine du XVIIe siècle.

Face à la folie des hommes

Baptisé Dom Antonio Manuel, Nsaku Ne Vunda a dû affronter des épreuves terribles avant de rencontrer le Pape: la traversée à bord d’un bateau négrier qui le laisse impuissant et meurtri, dans ses croyances les plus profondes, et la confrontation avec une meute de pirates insatiables. Son statut d’homme d’église, au départ très candide et férocement attaché à l’idée de bonté et de justice humaines, offre un regard inédit sur l’esclavage, n’étant ni victime, ni bourreau, mais coincé au coeur du système. Témoin impuissant de ce trafic à grande échelle, sa foi et ses convictions en ressortent ébranlées. D’autant que l’Europe lui offre ensuite le spectacle effrayant de l’Inquisition… Mais l’honnête homme refuse de perdre espoir, pensant à tous ceux qui lui font confiance et qu’il a laissés derrière lui.

A la fois vibrante et poétique, la plume de Wilfried N’Sondé nous embarque sans jamais nous lâcher, offrant un nouveau relief à cette tranche d’Histoire méconnue qui éclaire aussi quelques-uns de nos tourments présents. Car les découvertes de Nsaku Ne Vunda, concernant la société dans laquelle il vit, sont aussi les nôtres à bien des égards.

C’est à la force du conte qu’emprunte le nouveau roman du Congolais Wilfried N’Sondé. A cette langue riche et imagée qui épouse si bien l’esprit du musicien et du poète qu’il est aussi à ses heures. Né à Brazzaville, il a vécu en France mais aussi à Berlin durant 25 ans. Aujourd’hui, l’auteur est installé à Paris.
C’est à Genève dans le cadre du Salon du livre qu’il a reçu vendredi le prix Kourouma pour son cinquième roman, après « Le cœur des enfants léopards » (2007, prix des Cinq continents et prix Senghor de la création littéraire), « Le silence des esprits » (2010), « Fleur de béton » (2012) et « Berlinoise » (2015). Tous édités chez Actes Sud, ces précédents romans abordaient déjà des questions telles que l’immigration, la mondialisation et la rencontre des cultures.

En février dernier, Wilfried N’Sondé était venu à Bruxelles pour participer à quelques-unes des rencontres organisées par le Pavillon des Lettres africaines dans le cadre de la Foire du Livre. Un pavillon installé jusqu’au 29 avril à Genève afin de promouvoir la parole et les oeuvres des auteurs africains.

Karin Tshidimba

« Un océan, deux mers, trois continents », Wilfried N’Sondé, Actes Sud, 269 pp., 20€

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