Arithmétique burundo-congolaise

Arithmétique burundo-congolaise

Par Marie-France Cros.

L’arithmétique, qui serait une invention phénicienne – comment s’étonner, dès lors, que les Libanais soient de tels commerçants? – était enseignée, six siècles avant Jésus Christ, dans les écoles de la Grèce antique où, avec la géométrie, l’astronomie et la musique, elle faisait partie des sciences mathématiques. Ni les Grecs, ni les Romains, ni les civilisations éminentes qui les suivirent n’avaient cependant découvert les merveilles de l’arithmétique burundo-congolaise, de récente invention.

Cet art a été créé par le président Pierre Nkurunziza, qui a avoué au monde qu’il était l’élu de Dieu pour présider aux destinées du Burundi, magistère qu’il exerce depuis 2005 et refuse d’abandonner tant est grande son obéissance au Créateur. C’est après avoir échoué à faire adopter par son parlement une modification de la Constitution en vue de l’autoriser à briguer un troisième mandat à la tête de l’Etat qu’il a eu cette illumination, assurément divine, en vue de poursuivre son apostolat: puisqu’il n’a pas été élu de la même manière en 2005 (élection indirecte par le parlement) et en 2010 (élection au suffrage universel), on ne peut commencer à compter ses deux mandats autorisés qu’à partir de 2010.

Que l’Accord de paix d’Arusha – socle de la Constitution burundaise – souligne qu’un chef de l’Etat ne peut en aucun cas rester plus de dix années au pouvoir doit être oublié puisque ce texte n’exprime pas la volonté de Dieu, contrairement à Pierre Nkurunziza.

La divine arithmétique burundaise fait aujourd’hui des émules dans la voisine République démocratique du Congo. Bien que cent fois plus grande que le Burundi, elle a déjà trouvé inspiration auprès de l’élu de Dieu burundais, puisque le parti présidentiel congolais copie depuis plusieurs mois celui de Pierre Nkurunziza en vue de transformer la ligue des jeunes de cette formation politique, elle aussi, en milice propre à imposer la volonté du Président aux mécréants et citoyens de peu de foi dans le destin de leur chef d’Etat.

Mardi 24 avril, le Centre d’étude pour l’action sociale à La Gombe, le centre chic de Kinshasa, a donc accueilli la conférence de Me Jean Cyrus Mirindi Batumike Nkuba. Ce juriste, assistant à l’Université de Kinshasa, y a affirmé que Joseph Kabila pouvait briguer un nouveau mandat bien que la Constitution en interdise plus de deux. Apparemment fidèle de la divine arithmétique burundaise, en effet, l’assistant congolais a fait valoir que le régime juridique de la présidentielle n’ayant pas été le même en 2006 (élection à deux tours) et en 2011 (élection à un seul tour), il ne faut compter le nombre de mandats effectués par Joseph Kabila qu’à partir de 2011.

Abracadabra! Voici Joseph Kabila, à la tête du pays depuis 17 ans et qui arbore une barbe à la Sam Nujoma, transformé en jeune premier demandant sa dulcinée en mariage après de longues fiançailles. Que c’est beau la science!

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