Violations de l’embargo sur les armes de l’apartheid: KBC “balancée” à l’OCDE

Violations de l’embargo sur les armes de l’apartheid: KBC “balancée” à l’OCDE

Par François Misser

Deux ONG sud-africaines viennent de porter plainte contre KBC et sa filiale luxembourgeoise KBL devant l’OCDE. Elles auraient facilité pendant 17 ans, les ventes d’armes à l’Afrique du Sud sous embargo onusien.

Les deux ONG, Open Secrets et Centre for Legal Applied Studies (CALS) ont déposé plainte mardi devant les points de contact nationaux, belge et luxembourgeois de l’Organisation pour le Développement Economique (OCDE) contre KBC et sa filiale au Grand-Duché, KBL. La plainte porte sur les violations de l’embargo de l’ONU de 1977 sur les livraisons d’armes au régime de l’apartheid. Selon Open Secrets, entre 1977 et 1994, ces banques ont collaboré avec la société d’armement sud-africaine Armscor pour installer un réseau de blanchiment d’argent comprenant 850 sociétés écran, pour contourner l’embargo.

Le réseau fut mis en place, avec le concours de la Krediet Bank, dont le président, de 1980 à 1989, André Vlerick, est également le fondateur du lobby pro-apartheid Protea. Le réseau s’étendait dans le monde entier, notamment au Panama et au Liberia. L’épicentre du système était en Belgique et au Luxembourg en ce qui concerne les transactions financières. Au plan logistique, la plaque tournante était l’ambasssade d’Afrique du Sud à Paris, où Armscor avait installé son quartier général, explique Hennie Van Vuuren, directeur de Open Secret, sur base d’un rapport déclassifié figurant dans les archives militaires sud-africaines, daté de 1980, émanant d’Armscor, transmis à l’OCDE. Les responsables d’Armscor soulignent le besoin de diversifier leurs circuits de paiement du fait que le canal de la Kredietbank Luxembourg est “surutilisé” (sic). Le rapport transmis à l’OCDE contient aussi le témoignage d’un ancien responsable d’une filiale d’Arsmcor, dénommé, Martin Steynberg, qui confirme que la KBL “était de très loin la principale banque à qui nous avions affaire” (sic). Un expert comptable suisse explique qu’Armscor, a été établi avec le concours de KBL et de Kredietrust, un réseau de compagnies-écrans dont le but était de masquer des paiements faits à la société française Aérospatiale.

Près de 70% des 10 milliards de dollars dépensés par l’Afrique du Sud, pour acheter des armes durant la période considérée, ont transité par les comptes de KBL ou à travers le réseau créé par la banque belge, affirme Hennie Van Vuuren. Les armes étaient achetées jusqu’à 30% plus cher que leur valeur, pour compenser le risque de contournement de l’embargo. Certains fournisseurs s’avéraient être de prétendus ennemis déclarés de l’apartheid. Les plaignants brandissent pour le prouver une facture libellée en 1983 par une société dénommée Adam Export, qui invite ses clients à verser 567 500 dollars sur un compte KBL pour l’achat de faux certificats de end-users zaïrois, pour l’achat d’armes légères , de munitions et de bombes chinoises, dont ils affirment que le destinataire final fut en fait Armscor.

Les dépositaires de la plainte exigent en conclusion que les banques présentent leurs excuses publiques pour leur rôle. Ils recommandent à l’OCDE qui émet des directives de bonne conduite pour les sociétés multinationales pour les amener à rendre des comptes, de prendre des sanctions contre les deux banques. Mais celles-ci nient avoir joué un tel rôle. Déjà mis en cause en 2008, par un courtier, ancien pilote automobile portugais, dénommé Jorge Pinhol, qui réclame une commission de 600 millions dollars à Armscor pour la vente de 50 hélicoptères Puma et l’avait assigné devant le tribunal de commerce de Bruxelles, le groupe KBCen tant que responsable présumé du montage financier estime l’action infondée. « Après un examen approfondi, sur base des documents et archives encore disponibles et après avoir obtenu confirmation par le biais de deux avis juridiques de cabinets réputés, notamment en ce qui concerne l’embargo, KBC et KBL sont tout à fait rassurées sur leur position et sur le fait qu’elles ont respecté toutes les lois qui leur étaient applicables à l’époque », avait alors rétorqué le groupe.

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