Vingt millions d’êtres humains enchaînés sur « Les routes de l’esclavage »

Vingt millions d’êtres humains enchaînés sur « Les routes de l’esclavage »

En quatre épisodes, « Les routes de l’esclavage », série documentaire franco-belge retrace 1 200 ans d’esclavage et explique « comment le piège s’est peu à peu refermé sur l’Afrique ». Un propos édifiant et éclairant, résultat de 4 ans de travail et de la rencontre avec plus d’une trentaine d’Historiens à travers le globe. A voir les 27 et 28 avril sur la RTBF, le 1er mai sur Arte ou les 2 et 9 mai sur France Ô, à l’heure où on célèbre le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage…

Vingt millions. Plus de 20 millions d’Africains ont été vendus et réduits en esclavage. À partir du 7e siècle et pendant plus de 1000 ans, l’Afrique a été l’épicentre d’un trafic global. L’ampleur en était telle qu’il a été longtemps impossible d’en expliquer les mécanismes. Avec Les routes de l’esclavage***, les documentaristes Fanny Glissant, Daniel Cattier et Juan Gélas ont entrepris de faire le récit de cette histoire longtemps taboue, “ce système criminel qui a façonné notre histoire et fondé les plus grands empires à travers le globe”.

Alors qu’on pense bien connaître cette sinistre page d’histoire de l’humanité, au fil des quatre épisodes, on découvre un tas de données ignorées. L’occasion de se rappeler que l’esclavage n’a pas commencé dans les champs de coton aux États-Unis. “C’est une tragédie bien plus ancienne qui se joue depuis l’aube de l’humanité” et qui connaît encore des prolongements aujourd’hui.
La guerre au Sahel, notamment, a réveillé l’héritage des traites négrières et, avec elles, des pratiques que l’on pensait révolues. “Petites bonnes” au Maroc, traites des migrants en Libye, importance des archives enfouies (manuscrits de Tombouctou, etc.) : tout, dans l’actualité, nous rappelle l’influence et la résonance de cette histoire.

Développée par la société de production « Compagnies des Phares et Balises », spécialisée dans le documentaire historique avec des des films comme « Noirs de France » ou « Juifs et musulmans », cette série documentaire en 4 parties a été imaginée par Fanny Glissant qui a convoqué deux autres réalisateurs pour l’élaborer avec elle : Daniel Cattier et Juan Gelas.

Historienne d’origine guadeloupéenne, elle est la nièce d’Edouard Glissant, un des grands penseurs français des Caraïbes. “C’est donc une thématique qui la berce depuis longtemps de façon inconsciente mais, pour l’anecdote, elle a découvert, durant ses recherches pour ce film, qu’elle était elle-même descendante d’esclaves”, racontent la productrice belge Annabella Nezri (Kwassa Films) et le réalisateur Daniel Cattier, dont on pourra lire l’interview dans une de nos prochaines éditions.

Séquences animées réalisées en Belgique

Pour donner vie à l’Histoire, la série convoque peintures et iconographies d’époque qui permettent de saisir l’ambiance au sein de certaines cités inscrites aux avant-postes de ce trafic extrêmement lucratif : Le Caire, Lisbonne… La bonne idée de la série est son recours à l’animation (réalisée en Belgique et dirigée par Olivier Patté) qui permet de combler les lacunes de certains récits ou certaines périodes cruciales non documentées. Et qui convoquent les images mentales inscrites dans nos esprits par tant de films marquants sur l’esclavage : “Twelve years a slave”, “Beloved”, “Amistad”, “Autant en emporte le vent”…

Convoquant des experts du monde entier, la série fait le point sur les découvertes historiques les plus récentes alors qu’on s’apprête à fêter le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Preuve que beaucoup de choses restent à analyser dans cette part sombre de l’histoire de l’humanité.

Tourné au Mali, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Tanzanie, au Brésil, à Zanzibar, ce documentaire, fruit d’un travail d’une ampleur rare (4 années de recherches et de production pour un budget de 4 millions d’euros au total), est aussi inédit dans son approche : envisager le phénomène sous l’angle économique et géopolitique. Au fil des itinéraires qui se dessinent, des empires qui naissent et disparaissent.
“Rappeler que l’esclavage n’est pas un phénomène historique marginal mais une question centrale de l’histoire du monde, est un moyen de nous protéger des crimes du passé. Et de progresser dans le combat contre les inégalités et les discriminations en tous genres”, soulignent les trois réalisateurs.

Présentée en avant-première à Bruxelles, mercredi, la série est à découvrir vendredi 27/04 (épisodes 1 et 2: La Une, 22h35) et samedi 28/04 (épisodes 3 et 4: La Trois, 21h05) sur la RTBF. Elle sera également diffusée au fil de la soirée du 1er mai sur Arte, ainsi que les 2 et 9 mai sur France Ô.

Vingt pays ont déjà acheté ce documentaire, preuve de l’intérêt des nations pour cette question centrale dans l’histoire européenne et mondiale, et aussi du besoin d’informations recontextualisées, à la veille du 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage (en France et dans ses colonies), le 27 avril prochain. La Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions aura lieu, quant à elle, le 10 mai.

Karin Tshidimba

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