Dialogue entre l’Afrique et l’Europe avec le peintre espagnol Charris à Abidjan

Dialogue entre l’Afrique et l’Europe avec le peintre espagnol Charris à Abidjan

« Choc des cultures entre l’Occident et l’Afrique », mais aussi « multiculturalisme »: le peintre espagnol Charris présente à Abidjan une série d’oeuvres surprenantes qui cohabitent avec masques et sculptures du célèbre musée des civilisations de Côte d’Ivoire.

Un masque mi-africain, mi-grec flotte de manière irréelle dans l’air au-dessus du fleuve Niger au bord duquel se tient un observateur blanc, l’écrivain Raymond Roussel – qui a notamment écrit Impressions d’Afrique sans y avoir jamais été: le tableau qui a donné naissance à l’affiche de l’exposition la résume bien.

Un peu plus loin, un énorme éléphant en plastique ou en verre, un peu à la Jeff Koons, trône devant des touristes avec de appareils photo…

L’univers de Charris est souvent humoristique, malicieux ou ironique, évoquant les surréalistes à qui il fait clairement référence mais aussi le pop-art, la bande dessinée et même le réalisme ou le figuratif classique…

Lui dit pratiquer « un cocktail de styles » qu’il « mélange ». « Il y a des images réalistes, des métaphysiques… C’est la vision de l’Afrique d’un artiste occidental. Une Afrique imaginaire. Une vision avec beaucoup de couches différentes et de contenus différents. Il y a beaucoup de facettes, pas seulement une image ».

– Tintin et Dali –

Grand voyageur qui s’est rendu à de nombreuses reprises sur le continent, Charris a travaillé à partir de photos de pièces du musée pour « réaliser cette série créée spécialement pour le musée », sur commande de l’ambassade d’Espagne désireuse de trouver une collaboration avec ce musée de référence, pillé pendant la crise ivoirienne et qui relance ses activités après n’avoir rouvert ses portes que l’année dernière.

« C’est un honneur pour moi d’être à côté des grands maitres africains », souligne Charris, dont les peintures sont accrochées à côté de pièces du musée qui l’ont inspiré.

Ainsi un masque We (ethnie ivoirienne) est placé à côté d’un tableau montrant le même masque placé entre des flammes réelles et une en néon. Ou des masques Goli ou Dan du musée apparaissent vomissant de l’eau d’une chute d’eau…

Un tableau attire notamment l’attention. Charris a reproduit une photo célèbre des surréalistes où apparaissent Tristan Tzara, Paul Éluard, Hans Arp et Salvador Dalí mais il a recouvert le visage de toutes ses célébrités de masques africains, ne laissant que le visage d’André Breton intact.

Le titre du tableau: les Imposteurs. « L’Avant-Garde a volé tout ce qu’elle a pu de l’art africain et d’autres continents. Il y a comme une imposture de s’approprier les choses de l’autre, ce que nous faisons nous les artistes, ou ce que fait une culture sur une autre », estime Charris.

Le peintre évoque beaucoup le colonialisme avec une case en forme de tête de Tintin (allusion à Tintin au Congo) ou des colons sur des voies de chemin de fer avec une locomotive en forme de poing noir… Ou un peintre en bâtiment qui repeint bêtement en blanc une sculpture africaine devant le musée.

Mais le peintre croit aussi fortement en la complémentarité, aux inspirations communes comme avec un tableau d’une guitare de Picasso sur une plage où évolue un personnage du photographe malien Malick Sidibé, décédé en 2016.

Autre exemple: une Petite sirène africaine! « J’ai travaillé sur une photo de la Petite sirène de Copenhague et je l’ai transformée en « Mamiwata », déesse de l’eau, des fleuves et de la mer dans de nombreuses cultures africaines, explique Charris, soulignant « la coupe de cheveux africaine » de sa peinture.

« C’est le corps de la petite sirène… C’est la culture du XIXe européenne que j’ai transformée en déesse africaine. Au fond, c’est la même chose: une figure mythique qui apparait dans les deux cultures à des époques différentes. Au final, les choses se répètent. On n’est pas si différents! »​

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