Avec son nouvel album, Baloji capture les forces vitales de l’Afrique

Avec son nouvel album, Baloji capture les forces vitales de l’Afrique

Avec « 137 avenue Kaniama », son album de 14 nouveaux titres, Baloji revient au Congo où tout a commencé. Le résultat, luxuriant et onirique, est encore plus abouti que dans ses précédents EP et album. À découvrir en concert le 30 avril aux Nuits Botanique et dans les vidéos ci-dessous

Ce 23 mars, Baloji, natif de Lubumbashi a délivré son troisième album et l’atmosphère s’est soudainement électrisée: Soleil de Volt, Hiver indien, Spotlight… Une pluie de rythmes et d’accords ont balayé l’air mariant rap, hip-hop, afrobeat, funk, électro et héritage afrocubain avec des sonorités et des rythmes venus du Zimbabwe, du Soudan, du Mali, du Congo et du Cameroun (Wesh)…

La méthode du Belgo-Congolais reste inchangée: une rythmique imparable qui s’empare des corps et échauffe les esprits, sans noyer pour autant le propos dans la banalité ou la guimauve. Surtout, ne rien cacher de l’âpreté de la vie d’ici ou des exactions et des défaites d’ailleurs.

Avec son bagout et son regard critique, Baloji se joue des tics des uns et des autres: emojis, selfies, marabouts, évangélisateurs, … Chacun a droit à la monnaie de sa pièce.
Compositeur nomade, il sonde son quotidien d’Afropéen où il est question d' »exilés intérieurs accrochés à leurs radiateurs », de « taxe sur la misère inversée », mais aussi de récits bien plus intimes: thriller domestique, bain de larmes, équipée sauvage et morsures de l’ennui, art de la fugue et de l’esquive…

Parcours de résilience

Né  au Congo RDC, mais installé en Belgique dès ses trois ans (Liège d’abord, Bruxelles et Gand ensuite), Baloji n’a cessé depuis 2006 de voyager à travers le Congo pour renouer et sonder ce pays qui lui a donné son puissant patronyme. Cette immersion, cette « redécouverte natale » par essais et erreurs était la matière première d’Hotel Impala (2008), magistrale entrée en matière d’un artiste à part entière.

Avec Kinshasa succursale (2010), il a poursuivi sa route et affiné son propos, se frottant à l’exercice périlleux de la tournée congolaise, enrichissant ainsi sa vision et sa compréhension intime du pays dans lequel il retourne s’immerger et où il a développé tous ses projets binationaux, depuis le début de sa carrière solo. Loin de l’ancrage liégeois de Starflam, le groupe de rap belge qui l’avait d’abord rendu célèbre.

Dans ce nouvel album, il est beaucoup question des relations qu’on tisse et qu’on dénoue à un rythme parfois effréné. Et lorsque la rumba se fait slow, les thématiques plus personnelles tendent à l’universel. L’itinéraire du Kongaulois a connu des ratés que Baloji interroge sans fard et affronte sans fausse pudeur, reprenant à son compte les mots de Churchill: aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme.

Certaines chansons dépassent 10 minutes : la plus personnelle retrace cette rencontre cruelle et pleine de malentendus, après 9125 jours sans nouvelles, entre un jeune adulte maladroit et déphasé et sa mère restée au pays. Dans son nouvel album, il retrace un parcours qui tend vers toujours plus d’authenticité et de diversité, qui désarçonne et le rend  littéralement inclassable…
Recherche et création: chaque titre marie expérience personnelle et quête universelle.
A l’image de son auteur, le nouveau Baloji est le fruit d’un savant cocktail…

Baloji, c’est d’abord un son d’une richesse inédite mixant des sonorités africaines mais aussi hip-hop, funk et électro anglaise pour prêter vie à un patchwork envoûtant et complexe. Ses albums font plus que raconter une histoire. Ils tracent une route, suivent un destin singulier, à cheval sur les styles, les notes et les continents. Un voyage aux accents chamaniques qui épousent les soubresauts du Congo.

Musique iconique

Baloji, c’est un talent multiple qui embrasse la poésie et la musique, mais ne se conçoit pas sans la fulgurante des images. Des tout premiers graffs aux clips vidéos, il imagine des œuvres singulières aux influences multiples, photographiques et picturales. Des univers avec personnages et scénographie qui l’ont conduit récemment sur le chemin du court métrage: son « Kaniama Show », parfaite introduction à l’album presque éponyme, à moins qu’il en soit le prolongement… Une savoureuse satire des télévisions d’Etat, de leurs serviteurs zélés et de leurs codes désuets et étriqués. Montré en avant-première à Bozar, il vient d’être sélectionné par le Brussels short film festival (du 25 avril au 6 mai à Flagey).

Sons et images se marient pour créer des univers luxuriants rendant hommage au mystère et à la créativité africaine

Baloji, c’est un regard acéré sur les turpitudes belges et congolaises, sur des richesses évanescentes qui se mesurent souvent en unités (téléphoniques) et en litres (de bières). Sa prose ironique, et bien balancée, pointe les petites victoires et les grandes sorties de route de ce pays du cœur de l’Afrique où la jeunesse peine à se dessiner un avenir. Et n’épargne pas cet Eldorado européen supposé où le soleil n’est bien souvent pas le seul grand absent.

Exploration des mondes

Baloji, enfin, c’est une expérience scénique unique, une générosité énorme, un univers qui vous happe et vous transcende dès les premières envolées électriques de Dizzy Mandjeku. Avec son band fidèle (Philippe Ekoka, Saidou Ilboudou, Didier Likeng et Papa Dizzy) la notion de voyage n’est pas usurpée et ne s’adresse pas qu’aux musiciens et aux danseurs sur scène. Elle entraîne le public dans son sillage qu’il soit londonien, japonais ou norvégien.

Avec 137 avenue Kaniama, son album de 14 nouveaux titres, Baloji revient au Congo où tout a commencé, pour nous entraîner à sa suite. Le résultat est encore plus abouti que dans ses précédents EP et album. On y lit la maturité d’un artiste complet: auteur, musicien, réalisateur, poète, styliste soignant son univers, ses décors, ses images, ses couleurs… A la manière d’un peintre des mondes et des mots.

Avec sa prose lucide et bien balancée, Baloji refuse les diktats des charts, des radios et des tourneurs et parvient à toucher son public sous toutes les latitudes sans esbroufe, ni marketing ciblé, en pariant sur une générosité forcément récompensée.
Et même s’il a parfois l’impression que sa « musique est trop noire pour les Blancs et trop blanche pour les Noirs », si les compteurs de vues ne s’affolent pas toujours pour ses morceaux les plus déroutants, il continue à tracer sa route et force est de reconnaître qu’il a la classe internationale le gentleman rappeur…
D’hotel Impala à Kinshasa Succursale et 137 avenue Kaniama, une quête identitaire qui embrasse la richesse des traditions africaines

De nombreux médias français et britanniques ont souligné le scénario « halluciné, hypnotique » ou entêtant de ce troisième album avant les premiers concerts de Baloji et son orchestre à Londres, Paris et Toulouse. Il ne reste plus qu’à attendre que la Belgique, à son tour, se réveille… Baloji sera en concert le 30 avril aux Nuits Botanique.

Karin Tshidimba
Baloji, 137 avenue Kaniama, Bella Union / Pias

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