Alors que l’Etat hébreu se trouve à nouveau couvert d’opprobre sur la scène internationale pour sa sanglante répression de manifestants palestiniens, la nouvelle rappelle que la gauche israélienne peut encore gagner quelques batailles.

Lundi après-midi, le Premier ministre de droite Benyamin Nétanyahou a annoncé l’annulation du drastique et controversé plan d’expulsion des 38 000 migrants africains, pour la plupart érythréens et soudanais, présents dans le pays. Dévoilé par son gouvernement cet hiver, ce projet était vivement combattu par la société civile. Fin février, 20 000 manifestants s’étaient réunis à Tel-Aviv pour protester contre ces mesures, qui prévoyaient seulement deux options pour les réfugiés : un billet d’avion vers un pays tiers africain (plus spécifiquement le Rwanda ou l’Ouganda, avec qui Israël avait passé des accords officieux) ou la détention à durée illimitée dans les pénitenciers du sud du pays.

Ce plan est désormais caduc, tout comme l’ultimatum imposé aux migrants, qui avait jusqu’au 1er avril pour choisir entre l’exil et la prison. Il est remplacé par un «accord sans précédent» avec le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU, qui s’engage à organiser l’accueil d’au moins 16 000 d’entre eux dans des «pays occidentaux» – principalement le Canada, l’Italie et l’Allemagne, selon Nétanyahou. Quelques heures après l’annonce, l’Allemagne comme l’Italie ont nié avoir connaissance d’un tel plan et de leur éventuelle implication. De son côté, Israël promet de régulariser les restants, mais ne s’est pas engagé à le faire de façon permanente.

Ethique juive

«Pour chaque personne qui part, une personne restera», a juré le Premier ministre, via un plan en trois étapes de «professionnalisation» et de «dispersement» sur l’ensemble du territoire sur cinq ans. La plupart des migrants vivent en effet dans les quartiers populaires du sud de Tel-Aviv, où ils travaillent pour la plupart dans la restauration et le bâtiment, souvent au noir. Enfin, les migrants actuellement emprisonnés doivent être immédiatement libérés.

Cet épilogue inattendu, en pleine Pâques juive où l’on célèbre le recouvrement de la liberté après les années d’errances dans le désert, est hautement symbolique pour les associations pro-migrants israéliennes, qui avaient fait de cette lutte un combat pour la sauvegarde de l’éthique juive.

Des «difficultés politiques avec les pays tiers»

Nétanyahou a cependant refusé de leur concéder cette victoire, ne mentionnant à aucun moment la mobilisation en faveur des migrants. Pour ce dernier, l’annulation du plan est due à des «difficultés politiques avec les pays tiers» (en clair, la décision du Rwanda et de l’Ouganda de revenir sur leur parole), ainsi qu’à des impératifs légaux, alors que jusqu’ici, son gouvernement assurait avoir respecté le droit international.

A l’intérieur de sa coalition d’ultra-droite, ce recul est déjà vivement critiqué. Pour le ministre de l’Education et de la Diaspora, Naftali Bennett (leader du parti messianique Foyer juif), Nétanyahou a «capitulé face à une campagne mensongère», et va transformer Israël en «paradis pour les infiltrés», terme donné par la droite aux migrants. Expulser tous les réfugiés, selon Nétanyahou, «n’est plus d’actualité, même si c’est ce que nous aurions tous voulu». Drôle de regret.

Guillaume Gendron/ Libération