RDC : Jean-Jacques Lumumba accuse Nangaa et… questionne Macron

RDC : Jean-Jacques Lumumba accuse Nangaa et… questionne Macron

Jean-Jacques Lumumba est à peine trentenaire et pourtant il est devenu en l’espace de quelques mois une figure qui compte de la société civile congolaise. Il avait un nom, lui le petit-neveu de Patrice Lumumba, il s’est fait un prénom. Ce jeune banquier dont la route semblait toute tracée n’a pas hésité, en novembre 2016, à dénoncer les pratiques mafieuses de l’institution bancaire pour laquelle il travaillait, la BGFI, dont la succursale congolaise est entre les mains de Francis Selemani Mtwale, un proche du président Kabila depuis ses années d’exil en Tanzanie. Des accusations qui ne sont pas passées inaperçues parce qu’elles mettaient en lumière et de manière détaillée et documentée une partie des réseaux utilisés par la Kabilie pour laver son argent et le sortir du pays.

Aujourd’hui, exilé, Jean-Jacques Lumumba ne renie rien de son geste. Que du contraire, il est devenu une des figures emblématiques de cette jeunesse congolaise qui mène le combat contre le régime hors mandat de Joseph Kabila. Son credo, c’est le peuple. « Les Congolais doivent se prendre en mains. Ils ont compris que ce n’est pas la communauté internationale qui changera la donne dans notre pays, même si celle-ci pose parfois des actes tout à fait positifs. Vous constaterez d’ailleurs que Kabila n’a pas gagné une seule bataille diplomatique depuis de longs mois. »

Malgré cette relative mobilisation internationale, certains acteurs ne sont pas exempts de tout reproche. Jean-Jacques Lumumba pointe ainsi la France du président Emmanuel Macron auquel il vient d’adresser, en compagnie de Floribert Anzuluni, du mouvement citoyen Filimbi, une lettre ouverte intitulée « Liberté, égalité, ambiguité? » Les deux hommes s’indignent de la « tiédeur surprenante » de Paris face à ce qu’ils qualifient de « coup d’Etat constitutionnel dont est victime toute une nation ». Les deux auteurs du courrier dénoncent sans ambage « la poursuite de la coopération militaire et sécuritaire » avec Kinshasa.

LLA : M. Lumumba, pourquoi ce courrier et pourquoi maintenant ?

JJ Lumumba : Les activistes congolais en ont assez de la politique française. On pensait vraiment qu’avec l’arrivée de ce jeune président une page allait se tourner. Qu’on en aurait fini de la France-Afrique. Or, aujourd’hui, on constate que les intérêts économiques continuent de tout primer. La France est prête à supporter un régime qui tue les enfants, viole les femmes, emprisonne les militants des mouvements citoyens, les opposants politiques et qui n’hésite pas à faire tirer sur les marches pacifiques des chrétiens.

LLA : Dans votre courrier, vous parlez de « coopération militaire »…

JJ Lumumba : Tout à fait et nous avons des éléments en notre possession qui prouvent une position pour le moins ambigüe de la France. Aucun Etat, et surtout celui qui se veut le berceau de la démocratie et des droits de l’homme, ne peut entretenir des deals sécuritaires avec la RDC de Joseph Kabila. Ceux qui meurent au Congo ne sont pas moins humains que ceux qui meurent en Europe. On est bien renseigné, croyez-moi. On se pose des questions sur les relations qu’entretiennent avec Kabila certains membres du Quai d’Orsay. On est profondément indigné. On voit ce qui se passe avec Total et on veut dire à la France qu’elle doit cesser de jouer avec le feu et qu’elle doit prendre des positions claires pour se placer du bon côté de l’histoire.

LLA : Certains pourraient vous répondre qu’il s’agit de business…

JJ Lumumba. La France peut faire du business en Afrique mais pas avec des dictatures. En entretenant ce type de relations économiques, elle entretient de facto le régime. D’autant qu’aujourd’hui, il est visible que le régime de Kabila est aux abois. Aucun Etat sensé n’a intérêt à entretenir des relations avec ce régime moribond. La France ferait bien d’y réfléchir. Elle doit, je le répète, clarifier sa position et vite.

Machine à voter 

LLA : Ce week-end de Pâques, on a vu que la machine à voter, tant vanter par la Ceni, était remise en cause par les autorités sud-coréennes, pays dont est originaire la société qui commercialise cette fameuse machine…

JJ. Lumumba : Je ne suis évidemment pas surpris. Cela fait des mois que j’en appelle à un audit international et indépendant sur le processus électoral. Corneille Nangaa et Norbert Bashengezi (président et vice-président de la Ceni, NdlR) ont toujours joué les sourdes oreilles face à ces demandes. Ils évitent ce débat et cherchent sans cesse à créer des écrans de fumée pour éviter de parler des vrais sujets.

LLA : Le courrier sud-coréen va dans le bon sens…

JJ Lumumba : Evidemment. On voit ainsi que l’espace de Nangaa et de Bashengezi se réduit. Mais ils ont toujours les cartes en mains. L’UDPS a posé une série de questions sur le fonctionnement de cette machine, sur les serveurs utilisés, les logiciels, sur ceux qui sont chargés de collecter les résultats en bout de ligne. La Ceni n’a jamais donné la moindre réponse. On constate simplement que personne, dans le monde, même dans des pays très démocratiques, ne s’est lancé dans cette aventure des machines à voter. Avouez que ça pose question. C’est une solution suicidaire. Il faut aussi remarquer que ce courrier sud-coréen date du mois de decembre. Or, jusqu’ici, la Ceni n’avait pas communiqué sur ce point. Cela démontre bien sa volonté de refuser la transparence.

LLA . Quand il a fait face à la colère de Nikki Halley, l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Corneille Nangaa a expliqué que cette machine à voter était en fait une machine à imprimer les bulletins de vote. Surprenant, non ?

JJ. Lumuba : Surréaliste, oui ! Les bulletins de vote n’ont jamais été un souci. Ils n’ont pas fait défaut en 2006, ni en 2011. Ce qui a posé souci, c’est le comptage. Or, comme je vous le disait, la Ceni n’a jamais répondu aux questions sur ce point. La loi et même la constitution n’approuvent pas la machine à voter.

LLA : Pourquoi Corneille Nangaa s’entête-t-il, malgré tous ces voyants passés à l’orange vif ?

JJ. Lumumba : Cela démontre simplement que Corneille Nangaa n’a pas l’intention d’aller à des élections crédibles. La Ceni veut mettre le feu au pays. Nangaa et Bashengezi vont s’entêter pour aller au clash mais ils doivent savoir que le peuple aura le dernier mot.

LLA : Que prônez-vous face à une telle attitude ?

JJ. Lumumba : Il faut que le peuple se réveille. Son salut ne viendra de personne. C’est à nous, en tant que peuple, de penser à la restructuration de la Ceni. Les Congolais sont assez matures. Une lutte ne se gagne pas en un jour ou deux. Elle ne se gagne pas en une ou deux manifestations. Joseph Kabila a en face de lui tout un peuple et il ne pourra pas résister. Il n’est pas éternel. Il n’a pas le monopole de la violence et nous, nous nous organisons pour le mettre hors d’état de nuire.

LLA : Vous ne pensez pas qu’il organisera les élections et en tout cas qu’il pourrait quitter le pouvoir de son plein gré ?

JJ. Lumumba : Je n’y crois pas un seul instant. Il n’a pas l’intention de céder le pouvoir. Il a tellement de dossiers à charge, que ce soit les meurtres des défenseurs des droits de l’homme, les crimes économiques et la liste est très longue, qu’il sait qu’il devra rendre des comptes. Il ne peut envisager ce scénario et tout prouve qu’il ne veut pas nous emmener aux elections démocratiques.

LLA : Vous vez dit : « Nous nous organisons pour le mettre hors d’état de nuire…

JJ. Lumumba : On ne va pas dévoiler ici notre stratégie. Monsieur Kabila est de plus en plus isolé, même au sein de la majorité présidentielle, beaucoup ne veulent pas aller au suicide pour lui. Je rassure tout le monde, il va partir. Mais le sort du Congo ne sera réglé que par les Congolais. Nous ne nous laisserons plus bernés.

LLA : Depuis la dernière marche du 25 février, toujours très violemment réprimée par le régime, on a le sentiment que l’Eglise catholique, qui était le ciment de l’opposition, s’est un peu désengagée de cette lutte contre le régime ?

JJ. Lumumba : L’Eglise catholique n’a pas fait marche arrière. Elle a laissé du temps à Kabila pour qu’il revienne à la raison.

LLA : Tout en insitant sur la date butoir du 30 avril, soit dans moins d’un mois ?

JJ. Lumumba : Cette date marque une réalité. On sera alors à 8 mois du passage par les urnes. Cela lui laisse tout le temps de sauver ce qui peut encore l’être, de sortir par une petite porte. Après ce cap du 30 avril, les actions vont reprendre de plus belle jusqu’à la chute du régime. Les Congolais sont déterminés. Ils ont assez souffert. Nous ne reculerons plus.

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