Mali: Un djihadiste malien livré à la CPI

Mali: Un djihadiste malien livré à la CPI

Par Marie-France Cros

Un djihadiste malien a été remis par les autorités de Bamako à la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, où il est arrivé samedi et a été incarcéré.

Le bureau du Procureur en avait fait discrètement la demande, le 20 mars,  à la première Chambre préliminaire de la CPI, qui avait délivré un mandat d’arrêt une semaine plus tard. Ce dernier n’avait été rendu public que le 31 mars, jour où le détenu a été livré à la Cour.

Il s’agit d’Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud, 40 ans, un Touareg malien, de la tribu des Kel Ansar – qui a autorité sur une grande partie de la région de Tombouctou. Chez les Touaregs, la particule “Ag” indique la filiation (“fils de”).

Aux mains de djihadistes

Entre avril 2012 et janvier 2013, le Nord-Mali était aux mains de djihadistes appartenant à divers groupes et nationalités: Al Qaïda au Maghreb islamique (essentiellement algérien à l’époque), le Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’ouest (essentiellement mauritanien) et Ansar Dine, dissidence islamiste des indépendantistes touaregs, qui avaient vu dans cette alliance religieuse le moyen de parvenir à leurs fins. La ville de Tombouctou avait été le théâtre de nombreuses exactions et destructions de la part des djihadistes.

L’accusé était membre d’Ansar Dine. Le procureur de la CPI, Mme Fatou Bensouda, l’accuse d’avoir été “commissaire de facto de la police islamique” de Tombouctou et d’avoir collaboré, à ce titre, avec le tribunal islamique et “participé à l’exécution de ses décisions”. Il aurait aussi pris part à la destruction de mausolées religieux dédiés à des saints musulmans, dont Tombouctou était particulièrement fière. Enfin, Al Hassan s’était illustré en participant à la politique de  mariages forcés instaurée par les djihadistes, obligeant des femmes et jeunes filles à devenir les “épouses” de combattants qui les convoitaient.

Ce dernier méfait lui vaut les accusations de viol et esclavage sexuel mais il est aussi poursuivi pour torture et autres actes inhumains, persécutions pour des motifs religieux ou sexistes;  tous sont considérés comme des crimes contre l’humanité. Il est aussi accusé de crimes de guerre pour torture et traitement cruel et dégradant, attaques intentionnelles contre des bâtiments consacrés à la religion et des monuments historiques et pour des condamnations sans jugement régulier.

Un précédent

C’est la seconde affaire concernant l’occupation djihadiste du Nord-Mali qui vient devant la CPI. La première s’était clôturée, en 2016, par la condamnation à 9 ans de prison d’un autre djihadiste d’Ansar Dine,  lui aussi issu des Kel Ansar, Ahmad Al Faki Al Mahdi, pour avoir dirigé les destructions de mausolées et bâtiments historiques classés au patrimoine mondial par l’Unesco, à Tombouctou en 2012.

Ahmad Al Faki avait été le premier accusé de la CPI à plaider coupable et en avait attiré l’indulgence du Procureur, qui n’avait requis que de 9 à 12 ans de prison alors que les juges auraient pu lui infliger jusqu’à 30 ans. En outre, dès l’ouverture du procès, il avait demandé pardon pour ses actes “diaboliques”.

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