Affaire des fonds libyens : Nicolas Sarkozy en garde à vue

Affaire des fonds libyens : Nicolas Sarkozy en garde à vue

La justice française aura peut-être le fin mot de l’histoire. L’ancien président Nicolas Sarkozy a été placé en garde à vue mardi matin dans les locaux de la police judiciaire à Nanterre. Il était convoqué dans le cadre de l’enquête sur les possibles financements par le régime de Mouammar Kadhafi de sa campagne présidentielle de 2007.

La proximité entre les deux chefs d’Etat a toujours suscité la polémique. « L’ancienne bête noire des Occidentaux, commanditaire d’actes terroristes a désormais droit aux honneurs de la République » commentait en décembre 2007 une journaliste de France 2 , alors que Mouammar Kadhafi, en voyage officiel, grimpait les marches de l’Elysée. Mais c’est en 2012 que cette relation controversée est épinglée.

Les révélations de Mediapart

Quelques jours avant le second tour des présidentielles qui oppose Nicolas Sarkozy à François Hollande, le site d’informations Mediapart publie une note des services secrets libyens. Le document, qui date de 2006, atteste l’existence d’un don de cinquante millions d’euros pour » appuyer la campagne du candidat aux élections présidentielles [de 2007], Monsieur Nicolas Sarkozy ». «  Grotesque », « infamie »,  répond le président. Plusieurs ministres, François Fillon en tête, affirment qu’il s’agit d’un faux. Depuis, l’authenticité de la note a été validée par des experts.

Une enquête est ouverte en 2013, menée par les juges Serge Tournaire et Aude Buresi. Nicolas Sarkozy n’est pas le seul ancien membre du gouvernement au cœur de l’affaire. Les magistrats s’interrogent alors sur le cas de Claude Guéant, qui a perçu, en mars 2008, 500 000 euros d’un avocat malaisien. L’ancien ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy a affirmé que l’argent provenait de la vente de deux tableaux. Mais les enquêteurs ont montré que le banquier qui a effectué la transaction est proche de Bachir Saleh, ancien argentier du régime Kadhafi. Claude Guéant est mis en examen en 2015 pour faux, usage de faux et blanchiment de fraude fiscale en bande organisée.

Autre personnage-clé, Alexandre Djouhri intéresse particulièrement les enquêteurs. Ce proche de Dominique de Villepin et de Claude Guéant est un homme de l’ombre influent dans la droite française. Il aurait aidé en 2012 Bachir Saleh à s’exfiltrer de France, alors qu’il était visé par un mandat d’arrêt d’Interpol. Il serait au centre de circuits d’échanges de fonds entre la Libye et la France.

« J’ai remis trois valises d’argent libyen à Guéant et Sarkozy »

L’enquête s’accélère fin 2016. Plusieurs médias retrouvent la trace des carnets de notes de l’ancien ministre libyen du pétrole, Choukri Ghanem. En quelques lignes, l’ancien pilier du régime Kadhafi, décédé dans des circonstances troubles en 2012, décrit le transfert de plusieurs millions d’euros à Nicolas Sarkozy en 2007. Deux mois plus tard, Ziad Takieddine affirme devant les caméras de Mediapart avoir transporté cinq millions d’euros de Tripoli à Paris entre 2006 et 2007. Il explique avoir remis trois valises à Claude Guéant et à Nicolas Sarkozy. La vidéo diffusée quelques jours avant le premier tour des primaires de la droite ternit la candidature de Nicolas Sarkozy. « Le peuple français doit réagir. Ça va exploser », assure Ziad Takieddine. L’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) corrobore ensuite ces accusations. Dans un rapport remis à la justice française en 2017, les policiers détaillent la mise en place de circuits d’argent entre Tripoli et Paris pendant la campagne présidentielle.

De nouvelles preuves ?

Se pose maintenant la question de savoir ce qui a poussé les magistrats français à mettre en garde à vue l’ancien président français. Plusieurs éléments ont pu étayer le dossier. Alexandre Djouhri a été arrêté en janvier à Londres, et ce que les enquêteurs ont trouvé lors de la perquisition de son domicile suisse a peut-être fait avancer les investigations. « Plusieurs anciens dignitaires libyens de l’époque kadhafiste auraient aussi livré de nouveaux éléments confirmant les soupçons de financement illicites », ajoute Le Monde.

A l’issue de cette convocation, Nicolas Sarkozy peut être relâché ou présenté à un juge en vue d’une mise en examen. Il faudra maintenant attendre la fin de sa garde à vue, qui peut durer jusqu’à 48 heures, pour connaître le sort de l’ex-chef de l’Etat.

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