RDC : Pressions, trève et ultimatum

RDC : Pressions, trève et ultimatum

Par Hubert Leclercq

Trois marches. Une diziane de morts, des centaines de blessés et autant d’arrestations. Les trois marches du Comité laïc de concertation (CLC), les 31 décembre 2017, 21 janvier et 25 février 2018 ont été fortement réprimés. Les organisateurs ont réussi à mobiliser la rue congolaise. Des millions de personnes ont osé affronter cette répression, ont osé descendre dans la rue, armés de bibles, de chapelets ou de rameaux, pour dire non à la volonté du régime du président hors mandat Joseph Kabila de s’éterniser au pouvoir, pour demander l’organsiation d’élections libres et indépendantes et le respect de l’Accord de la Saint-Sylvestre.

Depuis la manifestation du 25 février, les organisateurs de ces marches se sont fait plus discrets. « La violence de la répression et l’absence de vraies réactions de la communauté internationale, ne leur permettaient pas de continuer le mouvement », explique un ancien diplomate. « La violence est contraire à leur pensée. Ils ne peuvent continuer à envoyer ainsi les manifestants pacifiques à l’abattoir », poursuit-il.

Malaise international 

« La communauté internationale est mal à l’aise », explique un autre diplomate habitué de la région. « Pour l’instant, il y a un calendrier électoral sur la table. Tout le monde l’a accepté. Pas parce qu’il était parfait mais parce qu’il donnait un cap et qu’il permettait d’éviter une explosion de violence que tout le monde redoute dans ce pays », poursuit-il. « Tant que ce calendrier n’est pas fondamentalement remis en cause, tant que les échéances prévues sont encore tenables, il faut tout faire pour que ce calendrier aboutisse et que l’on parvienne aux urnes le 23 décembre sans trop de casse », conclut-il.

La dernière missive du CLC, adressée aux instances internationales qui se trouvent au chevet de la RDC (ONU, UA, UE, SADC, OIF, CEEAC et CIRGL), comme le discours de l’abbé Nshole, ce lundi 19 mars, devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, plaident eux aussi pour le respect strict de l’Accord de la Saint-Sylvestre et du calendrier électoral. Mais ils ne se contentent pas de lancer des appels à la sagesse. Les deux acteurs de terrain savent que le pouvoir en place est trop tenté de maintenir le statu quo pour organiser la pérénité de son règne.

L’abbé Nshole n’a donc pas hésité à mettre les membres des Nations Unies devant leurs responsabilité en expliquant que tiute « complaisance »  l’égard du non-respect de l’Accord de la Saint-Sylvestre et du calendrier électoral serait « une bombe à retardement, car les élections qui nous raméneraient à la case départ seraient un gâchis que la communauté internationale doit éviter ».

Le CLC, lui, a placé des ultimatums au pouvoir afin de veiller au strcit respect de l’Accord et du calendrier. Pas question de dépasser la date du 23 décembre pour la tenue des élections en RDC. On se souviendra que tant Coreneille Nangaa, le patron de la CENI, chargé d’organsier les scrutins, que le nouveau patron du Parti présidentiel Emmanuel Shadary avaient, eux, déjà évoqué des retards éventuels sans remettre en cause la tenue des scrutins. « Ce courrier du CLC est bienvenu », explique notre premier diplomate, « c’est la voix de la sagesse. Nous sommes sur la même longueur d’onde. En cas de manquement de la part du régime, il faudra envisager de reprendre les sanctions et de se rapprocher du centre du pouvoir ».

Sans décrispation, pas d’élection

La première date butoir est pour bientôt : le 30 avril. A cette date, selon le CLC, « toutes les mesures de décrispation politique doivent être mises en oeuvre pour que les élections se déroulent dans la paix, la tranquilité et la transparence et qu’elles offrent l’égalité de chance à tous », écrivent les signataires de ce courrier. Passé ce délai, le CLC annonce qu’il « se verra dans l’obligation de reprendre ses actions d’envergure et de les intensifier. »

Sans la mise en oeuvre de ces mesures de décrispation (fin du dédoublement des partis, libération des prisonneirs politiques, retour des exilés ou encore ouverture des médias), aucun scrutin digne de ce nom ne peut être organisé. « Le pouvoir n’a jamais envoyé le moindre signal sur ces points », explique un opposant de passage à Bruxelles. « Il était question de libérer Jean-Claude Muyambo et Eugène Diomi Ndongala mais on a vu le ministre de la Justice prendre la parole pour affirmer que leur libération n’avait jamais été à l’ordre du jour. Nous devons déposer nos listes, nous devons préparer notre campagne et nous ne savons pas si nos partis seront acceptés ou si ce seront les dédoublements qui seront approuvés. Aucun signal de ce côté. Le pouvoir tente de jouer avec nos nerfs mais nous ne craquerons pas. Nous avons le droit avec nous. L’échéance du 30 avril est cruciale. Si rien ne bouge, il faudra redescendre dans la rue pour réclamer nos droits. Il faudra que nous revenions vers les instances internationales qui nous ont dit qu’on devait donner une dernière chance au dialogue. Nous avons tout fait pour éviter le chaos vers lequel nous pousse le pouvoir mais si lui ne réagit pas, c’est qu’il veut aller à la confrontation. » 

« Il est toujours dangereux de placer des ultimatums, reprend notre diplomate. Mais ici, on peut comprendre la lassitude du CLC, de l’opposition et de toute la population congolaise. Les derniers rapports qui circulent sur la situation humanitaire sont catastrophiques. Le pays s’enfonce dans la misère jour près jour. Il n’y a plus d’investissements, la coopération internationale a fondu. La Belgique a annoncé qu’elle revoyait sa coopération mais de nombreux autres Etats ont aussi largement diminué le flux de leurs apports financiers. Le pays est au bord de la rupture. Il faut espérer que la sagesse l’emportera… mais nous en doutons. »

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