Un an après, Amnesty International condamne des violences policières dans le nord de Madagascar

Un an après, Amnesty International condamne des violences policières dans le nord de Madagascar

Par Constance Cabouret

Une vidéo diffusée depuis une semaine sur les réseaux sociaux ravive à Madagascar le souvenir des violences qui se sont déroulées il y a plus d’un an à Antsakabary, une localité au nord de l’île. Le 18 février 2017, deux policiers chargés d’embarquer un voleur de canards avaient été tués par des habitants lors d’une vindicte populaire. Quatre jours plus tard, un incendie avait ravagé cinq villages de la commune d’Antsakabary. Près de 500 habitations avaient été détruites. Les villageois avaient alors accusé une quarantaine de policiers d’être à l’origine du drame, en représailles de la mort de leurs collègues, ce que les forces de l’ordre avaient nié.

Cependant, la vidéo montre des policiers malgaches frappant et humiliant les habitants d’un village, en proie aux flammes. Amnesty International a attesté la véracité de ces images. L’ONG a sévèrement condamné ces violences. « Le comportement de la police, tel qu’on peut le voir dans la vidéo, est scandaleux et condamnable »,  affirme Deprose Muchena, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique australe. « Il est totalement inacceptable que des policiers malgaches infligent des mauvais traitements et des violences aux citoyens qu’ils ont le devoir de protéger. Rien ne saurait justifier de frapper des personnes avec des bâtons, de les contraindre à se mettre face contre terre ou de les obliger à avancer sur les genoux », ajoute-t-il.

La justice malgache piétine

« Où en est l’enquête aujourd’hui ? », s’interroge le site web d’actualité Madagasikara Malalako, qui a relayé la vidéo sur sa page Facebook. Les événements d’Antsakabary émeuvent Madagascar depuis plus d’un an, mais l’affaire peine à avancer.

Le gouvernement malgache l’a pourtant assuré à plusieurs reprises, une enquête est en cours. Il a aussi affirmé qu’il n’y aurait pas de « justice à double vitesse ». Mais la lenteur de la procédure avait permis en novembre dernier aux cinq prévenus accusés du meurtre des deux policiers d’être libérés. La durée légale de mise en détention préventive avait expiré, explique le quotidien L’Express de Madagascar. Le journal a aussi révélé que les policiers incriminés restaient impunis. « Si les poursuites contre les villageois ont été promptes, celles contre les violences policières semblent singulièrement traîner », regrette le quotidien malgache. La Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH) a également dénoncé l’impunité et a annoncé en janvier une descente sur les lieux des événements pour observer l’évolution de la situation.

Amnesty International demande une « enquête impartiale »

Amnesty International ne semble pas être convaincue par les avancées de la justice malgache. L’organisation a insisté jeudi sur la nécessité d’une « enquête impartiale sur le comportement de la police » et demande de « traduire en justice les policiers soupçonnés d’être responsables de tels actes ». « Elles doivent aussi accorder des réparations aux victimes », ajoute Deprose Muchena.

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