RDC/Afrique du sud : « On a perdu trop de temps avec le régime congolais »

RDC/Afrique du sud : « On a perdu trop de temps avec le régime congolais »

Hubert Leclercq, envoyé spécial en Afrique du Sud

L’homme assis en face de nous, dans un large sofa aux teintes dorées, est un ancien collaborateur du président sud-africain Thabo Mbeki, l’homme qui succéda à Nelson Mandela à la tête de l’Afrique du Sud. Un témoin privilégié du rôle actif que joua l’Afrique du Sud aux côtés de la jeune République démocratique du Congo. « Souvenez-vous, c’est un Sun City, en 2003, qu’on est parvenu à un accord entre les différents belligérants congolais. Trois ans plus tard, c’était en février 2006, nous étions à Kinshasa pour la signature de la nouvelle constitution. Tout le monde s’est retroussé les manches pour arriver à ce texte. Tout le monde a dû faire des compromis », se souvient-il.

Si l’homme ne cache pas sa joie et sa fierté « face au travail accompli », il ne tait pas non plus sa rancoeur sur l’évolution de la situation. « L’ère Zuma a été une catastrophe pour notre pays mais aussi pour toute la région et en particulier pour la RDC. Il n’a pensé qu’à son portefeuille et à celui de sa famille et de quelques-uns de ses partisans. Il a pourri la situation dans notre pays, il a jeté le déshonneur sur notre parti, l’ANC, et il a aidé le président congolais à passer bien des écueils et, notamment, à s’asseoir sur la constitution dont notre pays était pourtant un des principaux parrains ».

Trahsion

Le septuagénaire sud-africain n’est pas tendre pour l’ancien président Zuma. « Tout le monde s’attend à ce qu’il soit rapidement rattrapé par les affaires. C’est une honte pour Zuma et pour nous tous. On a trahi l’idéal de Madiba (Nelson Mandela, NdlR) par notre silence, on a aussi trahi nos frères congolais et, seul Thabo Mbeki a osé dénoncer cette situation et cette trahison. L’ANC a préféré jouer l’autruche et se mettre la tête sous le sable. On va le payer aux élections, on va encore perdre des sièges, mais nous garderons le pouvoir et nous aurons le devoir de réparer ce gâchis. » Notre homme, le doigt pointé vers le ciel, prévient : « On nous regarde. L’Afrique du Sud a un rôle particulier à jouer. C’est l’héritage de Madiba et il faut déjà commencer aujourd’hui.  Thabo Mbeki  a envoyé plusieurs messages en direction des membres de la SADC. Il a appelé nos voisins à faire pression sur Kinshasa pour que Kabila respecte la Constitution. Mais Mbeki était l’ancien président, sa voix a été rapidement couverte par celle de Zuma. Je peux vous dire aujourd’hui que les choses vont changer. Elles ont déjà commencé à changer. Aucun pays de la région ne peut se permettre d’avoir une RDC instable à ses frontières. Cette stabilité viendra du respect de la constitution et, aujourd’hui, du respect strict du calendrier électoral et du côté démocratique de l’élection. Si ces points ne sont pas réunis, la situation continuera à se détériorer et personne ne peut se le permettre. On a perdu trop de temps avec l’actuel régime congolais. Si le pouvoir en place à Kinshasa s’entête, tout le monde y perdra, lui y compris. Il lui reste 9 mois pour préparer sa sortie définitive. Il doit le comprendre, sous peine d’un embrasement qui lui sera fatal. »

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