Zimbabwe : Mugabe ou la tentation du retour ?

Zimbabwe : Mugabe ou la tentation du retour ?

Par Constance Cabouret

La photographie sème la panique au sein du parti présidentiel zimbabwéen, dirigé pendant plusieurs décennies par l’ex- chef de l’Etat, Robert Mugabe. On y voit l’ancien président du Zimbabwe, contraint de quitter le pouvoir en novembre dernier, aux côtés du commandant à la retraite Ambrose Mutinhiri. Ce dernier a récemment démissionné du parti présidentiel, la Zanu-PF et est à la tête du Front national patriotique (NPF). Dans un communiqué datant du 5 mars, il a mis en cause « l’inconstitutionnalité du coup d’Etat militaire qui a imposé illégalement Emmerson Mnangagwa comme Président du Zimbabwe ». Le NPF est proche de la faction G40 du Zanu-PF, que soutenait Grace Mugabe, l’épouse de l’ancien chef de l’Etat et ancienne rivale de l’actuel président Emmerson Mnangagwa. Ambrose Mutinhiri a également annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2018.

L’actuel chef de l’Etat s’est dit contrarié par ce comportement. « Il y a un problème avec l’ancien président », a-t-il déclaré aux membres de la ligue des jeunes de la Zanu-PF. S’il est resté discret depuis novembre, Robert Mugabe n’a probablement pas encore digéré sa démission forcée. Lors d’une rencontre avec le président de la commission de l’Union africaine Moussa Faki, il se serait plaint d’avoir été poussé vers la sortie par un coup d’Etat.

Mugabe peut-il perturber les élections présidentielles ?

La question est maintenant de savoir à quel point ce rapprochement pourrait jouer sur les élections. « Je doute qu’il cherche à retourner au pouvoir, les choses ont été trop loin pour que cela puisse arriver. Son but est probablement davantage d’empêcher Mnangagwa de consolider son pouvoir », a expliqué Tony Reeler, chercheur au Research and Advocacy Unit de Harare au journal sud-africain Daily Maverick. « Je ne suis pas sûr que le NPF puisse gagner les élections, mais il peut être un sérieux concurrent », a-t-il ajouté.

Cependant, pour d’autres observateurs, il ne faut pas surestimer le geste de l’ancien président. L’agitation provoquée par ce retour sur la scène politique zimbabwéenne ne devrait pas avoir de lourdes conséquences, car l’ancien couple présidentiel dépend beaucoup du pouvoir en place. C’est notamment le cas pour le généreux plan de retraite accordé à Grace et Robert Mugabe. Les jets privés et voitures de luxe sont aux frais du gouvernement d’Emmerson Mnangagwa.

Que pensez-vous de cet article?