Abidjan, capitale des arts du spectacle africain (Masa) pour 8 jours

Abidjan, capitale des arts du spectacle africain (Masa) pour 8 jours

Le Marché des Arts du spectacle ouvre ce samedi  10 mars pour une semaine en Côte d’Ivoire. La sélection officielle met en lumière 64 troupes et le festival « off » 74 autres. Au programme : danse, musique, théâtre, slam, street art…


Théâtre, musique, danse, mais aussi stand up, humour, slam et street art. Le Marché des Arts du spectacle d’Abidjan (Masa) qui ouvre ses portes ce samedi se veut le reflet de la créativité de tout le continent. Même si les artistes originaires de la sous-région, en raison des problèmes et du coût de la mobilité, sont plus nombreux à avoir postulé et franchi les étapes de sélection, comme l’expliquait son directeur général, le professeur Yacouba Konaté. Venu à Bruxelles le 16 janvier dernier, il a présenté les grandes lignes de cette 10e édition de la manifestation qui, malgré les années de guerre et de coupure, entend fêter dignement son 25e anniversaire. Un millier d’artistes venus de plus de 50 pays, des dizaines de milliers de spectateurs attendus, la fête s’annonce d’envergure.

Lors du lancement du Masa en 1993, la Côte d’Ivoire n’imaginait sans doute pas être toujours le seul hôte de ce marché culturel unique dont l’État ivoirien finance aujourd’hui 70% du budget global. Une manifestation qui s’est largement développée depuis ses origines puisqu’elle enjaille désormais les municipalités de Bouaké, Bondoukou, Korhogo, Tiassalé et Yamoussoukro en plus de celle d’Abidjan du 10 au 17 mars.

Nouveauté: des artistes venus d’Afrique centrale, du Liberia et de Sierra Leone

La volonté des organisateurs a d’ailleurs été de porter d’abord les flambeaux de la fête à l’intérieur du pays en y faisant défiler la caravane des arts de la rue, du 2 au 5 mars, comme pour mieux préparer les esprits et échauffer les corps. Une parade, composée d’artistes venus du Burkina Faso, du Canada et du Mali, a défilé avec leurs confrères de Côte d’Ivoire : marionnettistes, échassiers et danses masquées côtoyant fanfares et chanteurs, ont envahi les espaces publics au gré de la musique.

Relancée en 2014, après les années de guerre, la manifestation, soutenue par l’Agence de la Francophonie, accueillera cette année 64 troupes d’artistes venues d’Afrique, des Caraïbes, d’Europe ou du Pacifique, une «sélection officielle» à laquelle prétendaient 677 candidats. Parmi les heureux sélectionnés : un comédien de stand up venu de Kinshasa (Kisabaka Dada Félix) et un slameur venu de Brazzaville (Black Panther). « A côté des fortes délégations venues du Burkina Faso et du Bénin, on note cette année une belle ouverture sur les diasporas américaines, 15 artistes venus d’Afrique centrale et pour la première fois, des artistes venus du Liberia et de Sierra Leone » a souligné le professeur Yacouba Konaté.

Les professionnels de tous horizons et de tout acabit (tourneurs, directeurs de festivals, producteurs, artistes, organismes culturels internationaux…) disposent d’une semaine pour découvrir de nouveaux talents ou se faire remarquer, échanger et échafauder des projets. Dans une urgence toujours plus grande pour certains tant la survie des troupes et du marché culturel et artistique africain, en général, restent une gageure au quotidien. En marge des spectacles, rencontres professionnelles et ateliers se pencheront sur la question-clé du financement durable du secteur : « Quels modèles économiques pour les arts de la scène ? »

Faciliter la circulation des artistes

« Promouvoir les rencontres afin de donner aux artistes l’occasion de saisir ensuite toutes les opportunités en Afrique et à l’international », c’est le rôle principal d’un festival comme le Masa même si l’aspect festif, l’émulation et la recherche de l’excellence en sont les premiers indices. Chacun tente de rivaliser d’adresse, d’ingéniosité et de talent pour se démarquer de son voisin.
Au-delà de la production de spectacles de qualité, il importe en effet de faciliter la circulation des créateurs et de leurs oeuvres en Afrique et dans le monde, tout en soutenant la formation des artistes et des opérateurs culturels face au défi d’une culture toujours plus connectée. La professionnalisation des métiers attenant aux arts de la scène est l’un des volets sur lesquels travaille l’équipe d’Africalia, partenaire du Masa. L’ONG belge facilite aussi les contacts entre différents artistes et des programmateurs belges comme le KVS, le Wiels, le Vooruit ou les Halles de Schaerbeek.

Musique, théâtre, danse et mode sont au programme de cette 10e édition qui offrira aussi des moments plus intimes avec La nuit du patrimoine et du conte organisée dimanche 11 mars de 19 à 23h dans la salle Lougah François du Palais de la Culture d’Abidjan. Une soirée mêlant contes, musique et danse, pilotée par le maître-conteur ivoirien Obin Manféi, avec des sonorités d’Algérie, du Burkina Faso, du Cameroun, de France, de la Guinée Bissau, du Québec, du Maroc, du Niger, du Tchad et du Togo, en plus de celles portées par la Côte d’Ivoire.

La variété des offres et des horizons sera aussi assurée par « La Nuit des Eléphants du jazz » avec les maîtres ivoiriens Paco Séry, Luc Sigui et Isaac Kémo (jeudi 15 à 21h au Palais de la Culture) avant la soirée jazz proposée vendredi 16 à 20h à l’Institut français, durant laquelle se produira le musicien Jay Allen avec son groupe Soundz Laminin.

Karin Tshidimba

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