RDC: Ituri: l’inefficacité de la police et l’absence de poursuites judiciaires dénoncées

RDC: Ituri: l’inefficacité de la police et l’absence de poursuites judiciaires dénoncées

Par Marie-France Cros.

Plusieurs massacres ont ensanglanté la région de Djugu, dans la province de l’Ituri (nord-est de la République démocratique du Congo), depuis la mi-décembre 2017. Selon des documents parvenus à La Libre Afrique.be, des voix s’élèvent pour dénoncer « l’inefficacité » des forces de l’ordre et l’absence de poursuites judiciaires contre les tueurs arrêtés, tandis que d’autres parlent de « manipulation ».

Ce week-end, des cadres politiques de l’Ituri d’une part, et les communautés ethniques des Hemas, des Mambisas et des Ndo-Okebos, d’autre part, ont appelé la province à observer ces lundi et mardi deux jours de deuil pour les victimes des massacres ethniques perpétrés depuis décembre dernier, ainsi qu’une grève – sauf pour les services de santé. Ces violences ont fait une centaine de morts – dont la moitié dans la nuit du 1er au 2 mars – et quelque 1600 blessés, 6000 maisons incendiées et 200.000 déplacés, ainsi que le pillage de « milliers » de têtes de bétail, rappellent les représentants des ethnies visées.

Les assaillants sont généralement présentés comme de jeunes Lendus, ethnie d’agriculteurs traditionnellement rivale des éleveurs Hemas et assimilés.

Aucun dossier judiciaire ouvert

Une lettre des cadres politiques de l’Ituri, datée du 3 mars, et qui regroupe des signataires appartenant à la Majorité présidentielle, à l’opposition et aux indépendants, condamne de son côté « avec la dernière énergie l’inefficacité des agents de l’ordre (militaires et policiers) dans le territoire de Djugu ». Leurs auteurs s’indignent de ce que les assaillants arrêtés lors des précédentes attaques n’ont « jamais été présentés devant les autorités judiciaires, tant civiles que militaires » et que ces dernières ne savent rien d’un éventuel dossier ouvert contre les tueurs.

L’évêque du diocèse de Bunia, dont dépend Djugu, Mgr Dieudonné Uringi, souligne pour sa part que les jeunes assaillants sont presque tous équipés en moyens de communication et sont donc « manipulés ».

Il y a quelques semaines, le président la Ceni (Commission électorale nationale indépendante), Corneille Nangaa, a évoqué la possibilité que les élections puissent être retardées à cause des violences en Ituri. Dues depuis 2016, ces élections ont été postposées à plusieurs reprises, déjà, motif invoqué par la Majorité présidentielle du président hors mandat Joseph Kabila pour rester en place.

Et le 1er mars dernier, le nouveau secrétaire permanent du parti présidentiel PPRD, Emmanuel Ramazani Shadary, a indiqué devant ses troupes: « Il y aura élections en décembre. Il peut y avoir un petit report d’un mois ou de deux mois mais il y aura élections ». Une déclaration que nombre de Conglais entendent comme une manière d’habituer l’opinion petit à petit à un nouveau report des scrutins dus depuis 2016.

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