Côte d’Ivoire : à une semaine de la date limite, aucun candidat pour les élections sénatoriales

Côte d’Ivoire : à une semaine de la date limite, aucun candidat pour les élections sénatoriales

Constance Cabouret

La Côte d’Ivoire doit se doter le 24 mars prochain d’un Sénat. Mais à une semaine de la clôture des candidatures, aucune profession de foi n’a été déposée auprès de la Commission électorale indépendante.

C’est un des grands changements apporté par la nouvelle Constitution ivoirienne de 2016. Un Sénat devrait voir jour en Côte d’Ivoire, après l’élection des futurs sénateurs le 24 mars prochain. Il aura pour fonction de représenter les collectivités territoriales et les Ivoiriens établis hors du pays.

Jeudi, Alley Victoire, la porte-parole de la Commission Electorale Indépendante (CEI) a apporté quelques précisions concernant la tenue de ces élections. Elle a indiqué qu’un collège électoral composé de 7000 personnes – députés, conseillers de district autonome élus, conseillers régionaux et municipaux – devrait élire les deux tiers des membres du Sénat. Le reste des sénateurs sera désigné par le président Alassane Ouattara. La campagne électorale se tiendra sur une brève période de quatre jours, du 19 au 22 juin.

Si la CEI se tient prête pour ces élections, elle n’a reçu pour le moment le dossier d’aucun candidat.

« Tourner la page des crises » ivoiriennes

Pour le gouvernement, le Sénat est un élémen- clé de la nouvelle Constitution. Celle-ci devait permettre au pays de « tourner la page des crises » qui ont secoué le pays, selon les mots du président Alassane Ouattara en octobre 2016. Au début des années 2000, un conflit politico-militaire avait divisé le pays. Les accords de Ouagadougou en 2007 étaient censés avoir mis fin aux violences. Mais l’élection présidentielle de 2010 a plongé le pays dans la crise. Les deux candidats, Laurent Gbagbo, le président sortant, et Alassane Ouattara ont revendiqué la victoire. Laurent Gbagbo a finalement été arrêté en 2011, puis jugé par la Cour Pénale Internationale. Selon Human Rights Watch, le conflit postélectoral a fait 3000 morts.

Appel au boycott

Mais pour l’opposition, qui a boycotté le référendum constitutionnel, le Sénat est un projet anachronique. Elle critique notamment la nomination par le président d’un tiers des sénateurs. Autre point de crispation : le gouvernement a adopté une ordonnance en février dernier pour organiser les élections sénatoriales ; elle remplace une loi que devait voter l’Assemblée nationale. Pour l’opposition, il s’agit d’une  « violation de la Constitution ».

Beaucoup dénoncent aussi une institution inutile et coûteuse. « Le Sénat, on sait d’avance que ça ne va servir à rien. Or, la vérité est qu’il y a déjà trop d’institutions qui ne servent à rien […]. On a autre chose à faire de notre argent. Alors si vous voulez mon avis, je fais partie du corps électoral mais je ne vais pas voter et j’appelle tous les électeurs à ne pas voter de sénateurs« , a ainsi déclaré l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Gnamien Konan.

A une semaine de la clôture des candidatures, le 9 mars, cette absence de mobilisation semble annoncer une forte abstention aux élections sénatoriales.

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