Par milliers, des Congolais traversent un lac pour fuir l’enfer

Par milliers, des Congolais traversent un lac pour fuir l’enfer

Comme chaque jour ces dernières semaines, une flottille d’embarcations de pêcheurs accoste la rive ougandaise du lac Albert, transportant des centaines de Congolais épuisés par 10 heures de traversée et traumatisés par les violences qu’ils ont laissées derrière eux.

Depuis l’éruption mi-décembre d’une nouvelle vague de violences entre les communautés des Hema et Lendu en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), plus de 28.000 Congolais, en majorité des femmes et des enfants, ont traversé le lac pour se réfugier en Ouganda.

Ces villageois n’ont quasiment rien emporté dans leur fuite, à part les vêtements qu’ils portent sur eux et les récits des terribles exactions dont ils ont été victimes et témoins.

« Quand ils commencé à tuer, nous nous sommes vus mourir et nous nous sommes enfuis. Mes deux soeurs étaient à la maison et ils les ont tuées », témoigne à l’AFP Dorika Rokoshara, 25 ans, qui a aussi perdu de vue son mari dans la fuite. « J’ai pris le bateau pour m’échapper ».

Le différend pour les terres entre éleveurs hema et agriculteurs lendu en Ituri est une des nombreuses sources de violences dans l’est troublé de la RDC.

En 1999, un conflit foncier avait dégénéré en massacres entre les deux communautés, qui avaient alors chacune une branche armée et des miliciens. Les combats, qui portaient sur le contrôle de cette région riche en or, avaient fait plus de 60.000 morts et 600.000 déplacés, selon Human Rights Watch.

Les violences actuelles en Ituri sont concentrées autour de Djugu, au nord-est de la capitale provinciale Bunia. Elles ont provoqué le déplacement d’environ 200.000 personnes depuis la mi-décembre.

Elles s’inscrivent dans un patchwork de conflits et violences localisés en RDC, sur fond de crise politique en raison du maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, dont le second mandat a pris fin le 20 décembre 2016.

La traversée du lac est éprouvante et périlleuse: des réfugiés se sont noyés cette année dans leur tentative, selon des témoins interrogés par l’AFP. En 2014, un naufrage tragique avait causé la mort de plus de 200 personnes.

– Empêchés de fuir –

Ceux qui sont arrivés de l’autre côté se savent chanceux car les groupes armés ont commencé à bloquer l’accès du lac, selon les humanitaires.

« Certaines des milices empêchent les réfugiés de traverser le lac et il y a encore beaucoup de gens déplacés dans les villages » situés du côté congolais, indique Joyce Munyonyo-Mbithi, du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

L’Ouganda affirme accueillir près de 1,4 million de réfugiés venus de toute l’Afrique de l’Est. La plupart sont originaires du Soudan du Sud, mais les quelque 250.000 Congolais ne cessent de voir affluer de nouveaux compatriotes.

Dans le sordide abri qu’offre le centre de transit de Kagoma, à deux heures de voiture du lac, les réfugiés évoquent des villages brûlés, des enfants massacrés à coups de machette, des gens tués par des flèches et des femmes violées.

Les survivants décrivent la sauvagerie des assaillants mais sont incapables de l’expliquer. L’identité exacte de ces hommes et leurs motivations à saccager les villages reste un mystère.

Imani Prisca, 19 ans et mère de trois enfants, rapporte ainsi comment des joueurs de football sont un jour arrivés dans son village. Les habitants sont sortis pour les saluer. Mais ceux qui étaient en fait des miliciens déguisés en footballeurs « ont commencé à tirer et à brûler nos maisons ».

Marie Eduzi, une veuve de 61 ans, a été séparée de ses 11 enfants quand avec d’autres villageois elle a tenté de prendre place sur l’un des frêles esquifs qui permettent de traverser le lac.

Après l’attaque de son village par ceux qu’elle décrit comme des Lendu, elle dit ne plus pouvoir supporter ces violences et affirme: « Je ne veux jamais revenir » en RDC.

Malheureusement, une fois en Ouganda, la situation des réfugiés congolais n’en demeure pas moins précaire: 26 d’entre eux sont morts de diarrhée aiguë courant février.​

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