Burkina Faso : le procès du putsch manqué de 2015 est reporté

Burkina Faso : le procès du putsch manqué de 2015 est reporté

Constance Cabouret

A peine commencé, le procès du putsch manqué de septembre 2015 a été reporté mardi. A Ouagadougou, l’audience était pourtant très attendue.

Les autorités de Ouagadougou avaient prévu mardi matin un dispositif de sécurité exceptionnel. Aucun appareil électronique n’était autorisé dans la salle des banquets de Ouaga 2000. Ce qui n’a pas empêché plus de 600 auditeurs de se presser pour assister à ce procès hors norme. 84 personnes comparaissaient devant le tribunal militaire. Elles sont accusées d’avoir participé au coup d’Etat manqué de septembre 2015, porté par les soldats du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), qui visait à renverser le gouvernement de transition mis en place après la chute du président Blaise Compaoré. Parmi les accusés, les généraux Gilbert Diendéré et Djibrill Bassolé, les cerveaux présumés du putsch raté.

Mais quatre heures seulement après son ouverture, la séance a été levée.

« Une juridiction qui n’a aucune validité »

Les avocats de la défense ont déserté la salle après avoir contesté la légalité de l’audience. Ils ont mis en cause le décret nommant le président du tribunal car le document, publié le 22 février 2018, ne pouvait entrer en exécution que huit jours après cette date. Ils ont aussi récusé le choix des trois juges assesseurs qui devaient assister deux magistrats professionnels. Selon le Code de justice militaire, pour juger les deux généraux, au moins deux des assesseurs doivent être plus gradés qu’eux, ou s’ils sont du même grade, plus anciens. Finalement, seul le général de brigade Robert Tinga Guiguemdé a été autorisé à siéger. « Nous sommes en train de plaider devant une juridiction qui n’a aucune validité « , s’est exclamé Me Michel Traoré, avocat de la défense, devant les caméras de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB).

Selon Me Guy-Hervé Kam, avocat de la partie civile, le comportement des avocats de la défense a plutôt exprimé une « volonté de ne pas être jugé« .

Un procès très attendu au Burkina Faso

« L’heure de vérité a sonné », titrait le quotidien burkinabè Le Pays, quelques heures avant l’ouverture de l’audience. Pour beaucoup, le procès doit faire date. D’abord parce que « coup d’Etat le plus bête du monde » comme il est surnommé, avait fait 14 morts et 270 blessés. Mais aussi parce que le jugement marque pour certains l’avènement de la démocratie dans le pays. « Des putschs supposés ou réels, le Burkina en a connu à profusion. Mais des putschs manqués qui ont donné lieu à un procès juste et équilibré, sauf oubli ou omission de notre part, l’on peut dire que le Burkina n’en a point connu », a ainsi souligné le journal, qui a rappelé le sort d’Henri Zongo et de Jean Baptiste Boukary Lingani. Les deux hommes ont été exécutés en 1989, accusés de préparer un coup d’Etat contre Blaise Compaoré.

Le procès devrait reprendre dans deux semaines, selon le parquet militaire. De nouveaux débats sur les procédures des prochaines audiences sont sans doute à attendre.

Que pensez-vous de cet article?

Soyez la première personne à évaluer cet article.