RDC : Le député Gekoko jugé sur son lit d’hôpital

RDC : Le député Gekoko jugé sur son lit d’hôpital

En Belgique, sa famille connaît le motif de l’arrestation depuis novembre à Kinshasa de Gérard Mulumba. Cet ancien député pro-Kabila dont la famille réside depuis des années à Jodoigne, est poursuivi par la justice congolaise pour avoir, depuis Bruxelles, outragé le chef de l’État. De façon plus précise, pour avoir, le 24 septembre 2017, par WhatsApp, partagé le message : « La honte du pays, Kabila, rwandais. » Deux fois élu en 2006 et 2011 sur la liste pro-Kabila, le politicien démissionnait en 2013, marquant ainsi de façon claire son désaccord avec le régime en place. Sa liberté de langage lui faisait craindre le pire et celui que l’on surnomme Gekoko, craignant pour sa sécurité établissait sa famille en Brabant wallon. L’ancien député se faisait arrêter le 10 novembre à Kinshasa où il se trouvait depuis octobre. Sa famille en Belgique fut longtemps sans nouvelle. Le 3 janvier, elle recevait des messages annonçant qu’il serait même décédé aux mains de l’ANR, les services de renseignement de Kalev Mutond.

Si l’information s’est révélée erronée, la santé de Gekoko, hospitalisé à l’hôpital Ngaliema de Kinshasa, est préoccupante. Le 14 février, La Dernière Heure – Les Sports publiait une photo le montrant en train de cracher du sang. Le 3 février, un avocat général de Kinshasa autorisait sa mise en liberté provisoire moyennant 1.630.000 FC (900 euros). Le montant a été versé, mais alors que l’avocat de Gekoko se rendait à l’hôpital, l’ANR interdisait la libération. « Au Congo, l’ANR est plus forte que la justice. Quid du ministre de la Justice ? », s’indigne Nadine, sœur de Gekoko, infirmière aux cliniques Saint-Luc à Bruxelles.

Après celle du député vomissant le sang, nous publions une autre photo : celle du procès de Gekoko. Car affaibli ou pas, Gérard Mulumba a été jugé en semaine, à l’hôpital Ngaliema. Les personnes en robe ne sont pas infirmiers. Les gens en noir ne sont pas chirurgiens. Ils ne sont pas vraiment là pour guérir. Autour du lit de Gekoko, on distingue difficilement où se trouvent les juges, le procureur et les avocats de l’accusé. Pas facile de deviner si ce dernier est en état de participer aux débats. Il paraît conscient. Pour le reste, sa sœur Nadine nous fait lire un rapport daté du 14 février dans lequel l’hôpital Ngaliema affirme qu’il « ne peut pas offrir les soins spécialisés (nécessaires) faute de plateau technique approprié ».

Mais le procès s’est ainsi tenu et Gérard Mulumba, 48 ans, a été jugé pour avoir partagé en septembre à Bruxelles un WhatsApp de six mots disant « La honte du pays, Kabila, rwandais ». Le président annonça qu’il prononcerait le jugement « dans les 48 heures », soit au plus tard jeudi midi. Il risque deux ans. Les avocats ont plaidé l’acquittement. Hier dimanche, Gérard Mulumba n’est toujours pas fixé et continue d’attendre la décision, ainsi que la famille en Belgique et les enfants à Jodoigne. Le motif du retard est très particulier et nul ne sait comment l’interpréter. Le juge a reporté le prononcé, se disant à son tour… malade, face à Gérard Mulumba lui-même cloué dans son lit à l’hôpital.

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