RDC: l’Eglise protestante joue au balancier

RDC: l’Eglise protestante joue au balancier

Commentaires par Marie-France Cros.

Le successeur de Mgr Marini Bodho à la tête de l’Eglise du Christ au Congo (ECC, principale dénomination protestante) a décidément bien du mal à trouver sa place et balance d’une position à l’autre, au désarroi du public congolais.

Elu en août dernier pour succéder à la tête de l’ECC à Mgr Marini Bodho – qui fut un pilier du régime Kabila près et fils, dont il est proche – le pasteur baptiste André Bokundoa avait annoncé un programme comprenant notamment sa volonté d' »impliquer l’ECC sur les questions liées aux droits de l’homme, à la bonne gouvernance et à la protection de l’environnement », rapportait la presse congolaise de l’époque, mais aussi « faciliter et harmoniser le cadre de collaboration entre l’ECC et l’Etat congolais ».

Des protestants ont participé aux marches

Les marches organisées par le Comité laïc de Coordination (CLC), proche de l’Eglise catholique – pour protester  contre la non application par le régime du président hors mandat Joseph Kabila de l’Accord de la St-Sylvestre 2016, qui organisait le chemin vers des élections consensuelles bien que retardées d’un an (non appliqué, les scrutins ont été une nouvelle fois reportés d’un an) – ont plongé l’Eglise protestante dans une certaine confusion.

Alors que certains de ses fidèles avaient participé aux marches du 31 décembre, une autre personnalité éminente de l’ECC, le pasteur David Ekofo, aumônier de la famille présidentielle, avait, lors de la messe d’hommage à Laurent Kabila, le 16 janvier, retransmise en direct à la télévision, invité à « passer le relai » – ce qui a été compris par les Congolais comme une pression sur le président Joseph Kabila pour qu’il respecte la Constitution et cède le fauteuil présidentiel. En raison de menaces, David Ekofo avait dû ensuite fuir le Congo, alors que des bruits se répandaient selon lesquels l’ECC n’avait pas soutenu son pasteur. De nombreux protestants avaient participé à la seconde marche des chrétiens, le 21 janvier.

« Quand le méchant domine »

Est-ce pour réfuter la mauvaise impression de janvier? La semaine dernière, l’ECC avait à nouveau créé l’étonnement, cette fois par la voix de son nouveau président, le pasteur André Bokundoa. Citant le verset de la Bible « Quand les justes se multiplient, le peuple est dans la joie; quand le méchant domine, le peuple gémit », il avait indiqué que son Eglise était prête à participer aux marches de chrétiens pourvu que le Comité laïc de coordination prenne contact avec lui. Il avait ajouté que les protestants étaient appelés ainsi « parce que nous protestons toujours contre ce qui n’est pas juste »; « nous sommes protestants et nous devons le rester ». Une formule qui avait paru une figure de style puisque le nom « protestant » vient de ce que les princes allemands adeptes de la Réforme, au XVIème siècle, avaient protesté de leur foi (dans le sens d’assurer, de confirmer) dans la nouvelle doctrine.

C’est un pasteur Bokundoa apparemment ébranlé qui a, une nouvelle fois, eu recours aux figures de style pour habiller un spectaculaire retournement de veste, vendredi dernier. Deux jours avant la nouvelle marche des chrétiens, il a en effet – selon un communiqué officiel publié tard vendredi soir – eu une phrase plus étonnante encore, adressée à son Comité exécutif national: « Nous protestons contre ce qui n’est pas protestant » et « contre les manifestations publiques organisées le jour du Seigneur, le dimanche ». Et de prendre cette fois ses distances avec les marches de chrétiens.

Un changement de direction qui a surpris le public congolais, à en juger par les réseaux sociaux qui s’interrogeaient sur sa cause: ordre venu de l’intérieur de l’ECC? Ou pressions du régime, comme pour le pasteur Ekofo?

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