« La reconstruction va être très longue en Centrafrique »

« La reconstruction va être très longue en Centrafrique »

Véronique Leblanc, correspondante à Strasbourg

Parade militaire sur la Place Broglie ce jeudi à Strasbourg où une cérémonie était organisée à l’occasion du retour des soldats de l’Eurocorps engagés dans des missions de l’Union européenne au Mali et en Centrafrique.

Des missions estampillées « EUTM », sigle qui désigne une mission de formation de l’Union européenne (European Union Training Mission) décidée dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité commune.

Au Mali et en Centrafrique

La première décidée en 2013 prendra fin en mai prochain, la seconde a été initiée en 2016. Elle va également se poursuivre mais l’implication du corps européen basé à Strasbourg a pris fin, pour l’une comme pour l’autre.

Tout comme huit autre Belges – sur 170 militaires de l’Eurocorps – le major Xavier Salmon a fait partie de la troisième et dernière rotation de six mois partie de Strasbourg en juillet et rentrée de Centrafrique en janvier dernier.

Chèvrerie, porcherie, poulailler et pisciculture

« Ma mission là-bas était très spécifique, précise-t-il. Outre mes responsabilités en tant que senior national representant du détachement belge auprès du général Garcia Blàzquez, commandant la mission, je devais mener des projets agro-pastoraux ». Concrètement, le major Salmon avait en charge le développement d’une chèvrerie, d’une porcherie et d’un poulailler ainsi que celui d’une pisciculture financée à hauteur de 63 000 euros par la cellule de coordination au développement du ministère des affaires étrangères belge.

Coopération civilo-militaire

Des projets plus humanitaires que militaires au premier abord et cependant menés auprès par des soldats de l’Eurocorps à destination de l’armée centrafricaine. Quel en était le sens ?

« A terme, il s’agissait de leur permettre d’assurer leur autonomie logistique et alimentaire lorsqu’ils se déploieront à l’intérieur de ce pays toujours aux prises avec différents groupes armés », répond le major Salmon qui évoque parallèlement des « projets de coopération civilo-militaire mené, eux, au profit de la population, en l’occurrence la réhabilitation d’une école et l’adduction d’eau dans une maternité ».

A Bangui, une pauvreté jamais vue

Né à Kolwezi où il a vécu jusqu’à ses 18 ans, ce militaire a été en mission à Kinshasa en 2004 et Bujumbura en 2005. Sa connaissance de l’Afrique est donc réelle mais il avoue « n’avoir jamais rencontré une telle pauvreté dans les rues et dans les rangs militaires » qu’à Bangui dont il revient après y avoir passé six mois. « La reconstruction va être très longue et ne pourra se concrétiser que sur base d’une stabilité politique », dit-il en évoquant les terribles conflits de 2015.

Deux bataillons réorganisés

Il acte cependant des « résultats concrets ». « Nous avons réussi à redonner une organisation à deux bataillons intégrés territoriaux, d’à peu près 350 hommes chacun », dit-il en rappelant les « trois piliers » d’une mission EUTM : le conseil stratégique dont ses projets étaient partie prenante au niveau du ministère de la Défense, la formation et l’entraînement opérationnel et tactique des forces armées centrafricaines, la formation d’officiers, de sous-officiers et de spécialistes.

« C’est désormais au Portugal de prendre le relais », conclut-il, convaincu de l’utilité de l’engagement de l’Union européenne en Afrique.

Garder le contact

Lui va reprendre sa vie militaire « classique » au sein de l’Eurocorps mais « garde le contact avec ses alter ego à Bangui » ainsi qu’avec un religieux qui fait des aller-retour entre Strasbourg et la République centrafricaine où il distribue le résultat de collectes organisées par la troupe scoute dont est membre la fille du major Salmon.

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