Mali : Disparition de sœur Gloria, un an déjà

Mali : Disparition de sœur Gloria, un an déjà

Founé Diarra, Correspondante au Mali

Enlevée à Karangasso, le 7 février 2017, la sœur Gloria Cécilia est toujours entre les mains de ses ravisseurs. Pour lui rendre hommage, une veillée lui a été dédiée, un an après ce triste épisode.

Une fois la nuit tombée, c’est l’extinction des feux pour la commune rurale de Karangasso, située dans le région de Sikasso, au sud-est du Mali. Dépourvue d’éclairage, c’est donc, dans un noir complet que débute la veillée en hommage à sœur Gloria Cécilia. Depuis 2010, cette religieuse, appartenant à la de la congrégation colombienne des Sœurs franciscaines de Marie Immaculée, était basée dans cette localité. Son enlèvement par des djihadistes est survenu le 7 février 2017. C’est d’ailleurs à cette date anniversaire que la communauté chrétienne a décidé d’honorer la sœur, toujours en captivité. Pour Hélène, participer à cette soirée, « c’est ne pas oublier sœur Gloria, malgré son absence qui se fait de plus en plus longue », dit-elle avec une bougie à la main, symbolisant la procession qui s’est faite à la Place des Planques. Ce lieu a été choisi pour commencer la marche, mais en direction inverse de celle empruntée par les ravisseurs au moment du rapt.

Les chants de la chorale résonnent et c’est en deux files distinctes que le cortège poursuit son itinéraire nocturne à la maison des sœurs, lieu de vie de la disparue. La marche du cortège – qui s’est faite sur environ deux kilomètres – continue son chemin jusqu’à la colline au pied de la croix, lieu où la foi est arrivée par les Pères Blancs à Karangasso. Puis, vient l’entrée dans l’église paroissiale du village. 

À l’unisson

Là, on peut découvrir un portrait de l’otage que tous les fidèles n’ont pas pu voir, car ils étaient trop nombreux pour pénétrer dans l’église. Pour les moins chanceux, la prière a pu être suivie de l’extérieur grâce aux fenêtres et aux portes grandes ouvertes pour l’occasion.
« Le sentiment qui m’anime ce soir, c’est de voir et de savoir que toute l’Église du Mali, et pas uniquement le diocèse de Sikasso, est derrière nous », explique avec émotion Monseigneur Jean-Baptiste Tiama, évêque de Sikasso. « On se rappelle encore du 7 février 2017, nous étions tous occupés à cette date dans mon évêché à prendre contact avec les autorités, le gouverneur, l’archevêque et les religieux de Bamako pour communiquer la nouvelle, le cœur tremblant », dit-il d’une voix peinée. Pour l’homme de foi, c’est l’incompréhension. « Est-ce que des hommes de foi peuvent s’en vouloir les uns les autres ? Nous ne voulons que le bien de l’humanité. Sœur Gloria ne veut que le bien de l’humanité à Karangasso. Elle n’a fait que du bien auprès des populations. »

Le jour d’après

9 heures du matin. La vie reprend son cours dans le village de Karangasso, alors que les différentes délégations des paroisses de Sikasso et les congrégations de Koulikoro, entre autres, s’apprêtent à regagner leur lieu de culte, le travail pour les nourrices de l’orphelinat a déjà commencé. Pour Constance Dembélé, responsable de l’établissement depuis dix ans, c’est le moment de bercer sur son dos le dernier venu. Un nourrisson de même pas un mois, arrivé au moment de la veillée. Cette dernière reconnaît que l’absence de sœur Gloria est difficile aussi bien pour les enfants que pour les employés de la structure d’accueil. « Nous devons gérer cette absence et aucune autre personne remplace la sœur Gloria dans ses tâches », explique-t-elle. D’autant plus que ce vide s’est accentué avec le départ des trois autres sœurs de la congrégation des sœurs franciscaines de Marie Immaculée sur ordre de leur hiérarchie en Colombie.

Soutien moral et financier

Avec ce rapt, ce n’est pas une vie, mais plusieurs qui sont bouleversées. En effet, dans le village, sœur Gloria Cécilia et sa congrégation oeuvraient sur plusieurs fronts. Des collectes de dons qui permettaient aux femmes de Karangasso et des villages alentours d’obtenir des micro-crédits. « Les personnes les plus démunies qui venaient au dispensaire et qui n’avaient pas de moyens pour payer les médicaments, étaient pris en charge par sœur Gloria », explique Catherine Denou, chargée de communication auprès du diocèse de Sikasso. Sœur  Gloria s’occupait également des greniers de prévoyance. « Avec les femmes des villages avoisinants, elle achetait et stockait les céréales puis les vendaient pendant la période de soudure. Les bénéfices étaient reversés dans la caisse des femmes. Avec le départ des sœurs, cela devient très compliqué », nous apprend Madame Denou au moment où survient sœur Amélia.

Ramener Gloria à la maison

Et si elle était restée ? Dans la cour de la maison des sœurs, le départ est imminent. Soeur Amélia est de nouveau à la maison. « J’ai quitté Karangasso, en 2010, et sœur Gloria m’a remplacé. Maintenant je suis déléguée de la congrégation pour attendre son retour. Je suis de retour au Mali, à Koulikoro, depuis avril 2017, car à Karangasso, il y a plus personne de notre congrégation ». Sa mission: ramener la sœur auprès des siens en Colombie. Pour des raisons de sécurité, sœur Amélia vit en communauté avec des sœurs d’une autre congrégation. « Bien sûr que j’ai peur, cela est humain. Je prends mes précautions étant donné que je suis désormais la seule de notre congrégation présente au Mali », confesse la compatriote de l’otage avec une main sur sa croix en bois.
Des mesures concrètes ont été prises par le diocèse de Sikasso, chef-lieu de la région où l’enlèvement s’est produit. « Nous sommes en train d’élaborer un plan diocésain de sécurité. En octobre dernier, il y a eu une formation sur la sécurité et la sûreté à l’endroit de tous les agents pastoraux du diocèse : les prêtres, les sœurs et les laïcs responsables de nos commissions et structures », précise l’abbé Basile Dembélé, curé à Koutiala et vicaire général du diocèse de Sikasso. Une véritable prise de conscience s’est produite auprès de la communauté chrétienne de la région. « Nous vivons dans le risque et il faut le dire nous n’en n’avions pas conscience avant ce drame. »

Une lueur d’espoir a ravivé la communauté en janvier dernier. La religieuse est apparue dans une vidéo diffusée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, allié d’al-Qaïda. « Je pense que les ravisseurs ont voulu montrer que la sœur est vivante et cela me fait encore redoubler d’ardeur dans ma prière. Je crois qu’ils essaient de vous faire comprendre qu’ils veulent nous la ramener », espère Monseigneur Tiama.

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