RDC : L’opposant Huit Mulongo libéré sous conditions

RDC : L’opposant Huit Mulongo libéré sous conditions

Par MFC

Les autorités congolaises ont annoncé jeudi la libération de 34 détenus. Parmi eux figurera, dans les « 48 heures, le temps de terminer les formalités », Huit Mulongo Kalonda Bompeta, ex-directeur de cabinet de Moïse Katumbi, le principal rival du président hors mandat Joseph Kabila; Katumbi a été forcé à l’exil en raison de poursuites judiciaires à motivations politiques contre lui.

Cette libération d’un détenu politique survient alors que l’on attendait, cette semaine, celle de deux figures de l’opposition politique, Eugène Diomi et Jean-Claude Muyambo, au titre des « mesures de décrispation politique » prévues par l’Accord de la St-Sylvestre 2016. Ce dernier acceptait le maintien au pouvoir de Joseph Kabila un an de plus – soit jusqu’en décembre 2017 – en échange d’une préparation des élections partagée entre kabilistes et opposition. La partie kabiliste a contourné ses obligations en débauchant des opposants pour les installer aux postes réservés à l’opposition, et en n’organisant pas les élections en 2017.

Libération de tueurs

De la même manière, au lieu de libérer les « prisonniers politiques emblématiques » – soit les plus connus des opposants ayant été incarcérés après des procès irréguliers, afin de démanteler l’opposition – le gouvernement de Kinshasa a préféré libérer des délinquants de droit commun, voire des membres d’une milice ralliée au président Kabila.

Cette semaine encore, dénonce le Comité des familles de prisonniers politiques de la RDC (République démocratique du Congo), le ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, a libéré des « hommes du criminel de guerre Gédéon Kyungu plutôt que les amnistiés depuis 2014 et les prisonniers politiques ».

Est-ce pour tenter de se disculper de cette accusation? Jeudi, lors d’une conférence de presse à Kinshasa, le ministre de la Justice a annoncé la libération de Huit Mulongo. Cet ancien directeur de cabinet du principal rival de Joseph Kabila, Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga, avait été arrêté en août 2016 et condamné à trois ans de prison pour « détention d’arme et munitions de guerre ». Selon le ministre de la Justice, sa bonne conduite et le fait qu’il a déjà effectué « plus d’un quart de sa peine » justifient sa libération. Celle-ci est cependant conditionnelle: il ne devra pas « causer de scandale par sa conduite », ni « encourir de peine de privation de liberté ».

La milice de Gédéon Kyungu

Les 33 autres prisonniers libérés étaient détenus pour « faits insurrectionnels, faits de guerre et infractions politiques », a indiqué le ministre de la Justice – des crimes qui peuvent correspondre à ceux des miliciens de Gédéon Kyungu. Ce dernier a fait trembler le Katanga en raison d’horribles exactions – notamment des actes de cannibalisme – contre les civils dans ce qui était devenu, de son fait, au début des années 2000, « le triangle de la mort » (Mitwaba, Manono, Kabalo). Après s’être rendu aux casques bleus en 2006, il avait été condamné à mort par un tribunal militaire congolais en mars 2009. Mais, en septembre 2011, une spectaculaire attaque de sa prison de la Kasapa (Lubumbashi) avait permis de le libérer – avec 900 détenus – sans que les militaires de deux camps voisins ne réagissent.

Il avait repris ses violences dans le triangle de la mort avant de « déposer les armes » en octobre 2016, accueilli par des chants et des danses lors d’une grande cérémonie organisée par le gouverneur du Haut-Katanga, au cours de laquelle le milicien portait un T-shirt à l’effigie de Joseph Kabila. A la suite de quoi son épouse, Mme Ilunga, sera libérée de prison.

La nuit du 21 au 22 mars 2017, plusieurs camions transportant une partie de ses miliciens, officiellement démobilisés, les ont amenés à l’aéroport de Lubumbashi où ils ont embarqué pour Kananga, au Kasaï – alors en proie à une sanglante rébellion au nom du chef assassiné Kamwina Nsapu; on soupçonne qu’ils ont participé à la répression des rebelles. Le 29 mai 2017, l’Union européenne adoptait des sanctions à son encontre et l’Onu a fait de même au début de ce mois.

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