Afrique du Sud : le budget 2018 peine à convaincre

Afrique du Sud : le budget 2018 peine à convaincre

Le ministre sud-africain des Finances Malusi Gigaba a présenté ce mercredi après-midi le budget pour 2018. L’ambiance était plus que tendue au Parlement.

Le ministre des Finances Malusi Gigaba est arrivé sous les huées. « Menteur », « on ne te croit pas », ont lancé certains membres de l’Alliance Démocratique (DA), le principal parti d’opposition. Le parti accuse Malusi Gigaba d’avoir menti devant la cour de justice alors qu’il était sous serment et d’avoir violé la Constitution. Ce n’est pas le seul parti de l’opposition qui dénonce l’illégitimité du ministre des Finances. L’Economic Freedom Fighters (EFF) a boycotté le discours. Le parti a insisté sur la nécessité d’un remaniement. Pour l’EFF, les membres du gouvernement Zuma ne sont plus crédibles. « S’il s’agit vraiment d’une nouvelle ère, pourquoi Gigaba, un homme peu recommandable, corrompu et non patriote, devrait présenter le budget ? », a ainsi clamé l’EFF sur Twitter.

Un discours très attendu

Après le départ contraint de Jacob Zuma, embourbé dans plusieurs scandales de corruption, l’élection de Cyril Ramaphosa la semaine dernière a été présentée comme un renouveau. L’ANC, le parti présidentiel, a promis d’engager le pays sur « un nouveau chemin de croissance, d’emploi et de transformation ». Mais la tâche du nouveau président sud-africain s’annonce compliquée. La situation économique du pays est difficile. La dette du pays se creuse. Le taux de chômage est important, notamment chez les jeunes où il atteint presque 50%.

Augmentation de 1% de la TVA

Pour répondre à ce défi, Malusi Gigaba a présenté des mesures budgétaires « difficiles mais pleines d’espoir ».

L’annonce la plus attendue concernait l’évolution de la TVA. Le gouvernement a décidé de la faire passer de 14% à 15%. Un changement « inévitable » selon le ministre, pour financer de nouvelles mesures sociales. Cyril Ramaphosa avait notamment promis la gratuité de l’enseignement supérieur. 57 milliards de rands, soit environ quatre milliards d’euros, y seront consacrés, dont 12 milliards de rands dès l’année 2018-2019 pour les étudiants venant de famille défavorisée.

Le gouvernement prévoit aussi l’augmentation de la taxe sur le carburant (52 cents en plus par litre) et du droit d’accise concernant l’alcool et le tabac – la taxe passe de 6% à 10%. Ces décisions devraient permettre au gouvernement de dégager 36 milliards de rands (2,5 milliards d’euros).

Le ministre des Finances a aussi annoncé un fond de plusieurs milliards de rands pour aider le développement de PME.

Malusi Gigaba s’est montré optimiste quant à l’avenir économique du pays. Citant le titre « Alright » de l’artiste américain Kendrick Lamar, il a affirmé que « tout ira bien pour nous » (« we’re gonna be alright »). Bien qu’il ait annoncé une croissance du PIB d’1,5%, une augmentation « très modeste » selon l’EFF.

« Une attaque contre les populations pauvres »

L’opposition, elle, est beaucoup plus pessimiste. Mosiuoa Lekota, à la tête du Congress of the People (Cope), explique que cette annonce ne lui donne « aucun espoir quant à la manière dont sortir de la dette dans laquelle nous sommes plongés aujourd’hui ». « Ce budget est une attaque contre les populations pauvres », a affirmé le leader de la DA, Mmusi Maimane devant les caméras de la SABC News. Le parti a qualifié l’augmentation de la TVA de mesure « régressive ».

Les scandales de corruption qui ont entaché l’ANC rendent pour ces partis l’annonce du budget peu légitime. « Le gouvernement prend l’argent des poches des plus pauvres pour couvrir le coût de la corruption », estime le DA.

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