RDC : Prisonniers politiques: les familles dénoncent une arnaque

RDC : Prisonniers politiques: les familles dénoncent une arnaque

Par Marie-France Cros

Contrairement à ce qui était largement attendu par la population kinoise, il n’y a pas eu, mardi, de libération de 17 prisonniers politiques, dont les emblématiques Eugène Diomi et Jean-Claude Muyambo, mais, protestent les familles de détenus politiques, celle de 15 délinquants, dont quatre n’étaient déjà plus en prison.

Le Comité des familles des prisonniers politiques de la RDC (CFPP-RDC, qui représente 37 familles) a publié mercredi un communiqué pour protester contre « la fausse décrispation politique ». Selon ce comité un « engagement écrit » de libérer des prisonniers politiques avait été transmis le « 16 février 2018 par le ministre de la Justice », Alexis Thambwe, à « Mgr Utembi, président de la Conférence épiscopale congolaise (Cenco) ». Le ministre s’y « engageait », selon le comité,  « à libérer les prisonniers politiques emblématiques Eugène Diomi Ndongala et Jean-Claude Muyambo comme prévu par l’Accord politique de la St-Sylvestre » 2016.

Pas question de les libérer

Selon le journal kabiliste L’Avenir de mercredi, le ministre Thambwe, a indiqué à « une radio périphérique » non nommée qu’il n’était pas question de libérer les deux opposants politiques. Et le journal d’ajouter que les deux hommes « ont été condamnés pour des infractions de droit commun, c’est-à-dire qui n’ont aucun lien avec la situation politique du pays » – opinion que ne partagent que les kabilistes puisque ces procès ont été jugés irréguliers. L’Avenir n’explique pas qui a été libéré à leur place.

Le Comité des familles de prisonniers politiques affirme qu’il s’agit de 15 « délinquants »; si cette affirmation devait se vérifier, cela réduirait à néant l’argumentation de L’Avenir puisqu’on aurait libéré des droit commun pour ne pas libérer des droit commun. Qui plus est, ajoute le Comité des familles, 4 de ces 15 personnes n’étaient déjà plus en prison: trois se sont évadées et une est morte en détention. Le Comité rappelle que le régime du président hors mandat Joseph Kabila est coutumier du fait, puisqu’il a déjà libéré sous couvert de « décrispation politique » face à l’opposition « 149 compagnons » du milicien katangais Gédéon, rallié à Kabila et visé par des sanctions de l’Union européenne depuis 2017 et de l’Onu depuis le 2 février dernier en raison de ses crimes.

Respecter ses engagements

Le Comité des familles de prisonniers politiques invite le gouvernement Tshibala à respecter les engagements pris en signant l’Accord de la St-Sylvestre. Il s’interroge sur les pouvoirs « réels » du Comité national de suivi de cet Accord, qui a mis en place, en novembre 2017, une commission chargée d' »accélérer la libération des prisonniers politiques », en particulier les « emblématiques » énumérés par l’Accord.

Rappelons que, pour ne pas exécuter sa part dans cet Accord, le camp kabiliste a nommé des opposants débauchés et n’ayant pas l’aval de l’opposition aux postes réservés par l’Accord à cette dernière.

Rappelons également que séjourner en prison en RDC est extrêmement dangereux faute de soins et de nourriture. Six détenus viennent ainsi de décéder en trois mois à la prison de Kangbwayi à Beni (Nord-Kivu), indique Radio Okapi, de malnutrition et surpopulation. Des cas similaires sont régulièrement signalés aux quatre coins du pays.

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