Mines: Randgold et Glencore sur la défensive au Congo

Mines: Randgold et Glencore sur la défensive au Congo

Par Marie-France Cros

Glencore, géant suisse des matières premières, et la compagnie minière anglo-sud-africaine Randgold, deux des principales entreprises étrangères en République démocratique du Congo (RDC), tentent d’obtenir une modification de la nouvelle loi minière congolaise, qui devrait être promulguée cette semaine par le président hors mandat Joseph Kabila. Elles sont aussi dans une position délicate en raison des sanctions américaines contre leur partenaire en RDC, l’Israélien Dan Gertler.

Selon l’agence financière Bloomberg, les deux sociétés – appuyées par China Molybdenum, Ivanohe Mines, MMG, Zijin Mining Group et Anglogold Ashanti – ont écrit le 8 février dernier au président Kabila pour lui demander un rendez-vous afin de lui exposer leurs griefs au sujet de la nouvelle loi minière, que le chef de l’Etat n’a pas encore promulguée. Constitutionnellement, il a quinze jours pour le faire et avait le texte voté par l’Assemblée nationale et le Sénat entre ses mains au moins le 7 février; s’il la promulgue, ce doit donc être cette semaine.

Confusion des rôles

Les signataires de la lettre estiment que leurs intérêts ont été mal servis par la Chambre des Mines. Une certaine confusion des rôles règne en effet: le président de la Fédération des entreprises congolaises (FEC), Albert Yuma, chargé de défendre les intérêts des patrons privés, est aussi le patron de la Gécamines, société d’Etat, qui réclame une diminution des prérogatives des miniers privés. Il doit nécessairement étrangler une partie pour satisfaire l’autre en cas d’opposition entre les deux.

Le nouveau code est nettement moins avantageux pour les investisseurs miniers étrangers que celui en vigueur jusqu’ici, qui date de 2002. Selon le ministre des Mines, Martin Kabwelulu, le gouvernement congolais « ne reviendra plus » sur le nouveau texte.

Les sanctions contre Gertler

Glencore et Randgold sont également placés dans une position délicate en raison de leurs liens d’affaires avec des sociétés appartenant à Dan Gertler, frappé depuis le 21 décembre par des sanctions du département américain du Trésor. Elles visent des personnes impliquées dans la corruption à grande échelle et des violations des droits de l’homme.

Désormais, les personnes et entreprises américaines ne peuvent plus entretenir de liens économiques avec Gertler. Il devient même extrêmement difficile pour ce dernier de faire des transactions en dollars. En vertu de l’extra-territorialité qu’appliquent les Etats-Unis à leurs sanctions, les entreprises étrangères qui font fi de celles-ci peuvent à leur tour être punies par l’administration américaine.

En conséquence, selon l’ONG Resource Maters, en raison des contrats qui lient Glencore à des entreprises de Gertler au Congo, l’entreprise suisse aurait dû payer « plus de 200 millions de dollars » de royalties aux entreprises de l’ami israélien du président Kabila « d’ici fin 2019 » mais ne l’a pas fait – a-t-elle assuré à l’ONG – depuis les sanctions. Randgold a, elle, invoqué la « force majeure » pour demander la fin du contrat qui la lie à une société aurifère détenue majoritairement par Gertler, Moku-Beverendi, pour lui fournir des services d’exploration.

Selon l’ONG « aucune des deux sociétés n’a confirmé qu’elles avaient définitivement interrompu leurs relations d’affaires avec Gertler ».

Et les blocs pétroliers liés à Gertler?

L’ONG s’interroge en outre sur ce qu’il adviendra des blocs pétroliers à l’est du Congo détenus par des sociétés liées à Gertler: « le gouvernement révoquera-t-il les blocs afin de pouvoir les revendre à un nouvel investisseur? » Ou « restera-t-il fidèle » à son ami et « tentera-t-il de trouver d’autres voies pour lever des fonds? Dans ce dernier cas, c’est l’ensemble du secteur extractif qui pourrait faire l’objet de pressions ».

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