Guinée équatoriale : La fin de la vie de palace de Teodorin Obiang ?

Guinée équatoriale : La fin de la vie de palace de Teodorin Obiang ?

Par Constance Cabouret

Il est au cœur du procès qui opposera la Guinée équatoriale à la France entre ce 19 et le 23 février à la Cour internationale de justice. Teodoro Nguema Obiang Mangue, surnommé Teodorin, est le fils du président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Ses goûts luxueux et son patrimoine considérable ont conduit la justice française à enquêter sur lui dans le cadre de l’affaire des « biens mal acquis ».

Voitures de luxe, manoirs, costumes Gucci et Dolce & Gabbana et œuvres d’art : bienvenue dans le monde luxueux de Teodorin Obiang. A 48 ans, le vice-président et le fils de l’actuel président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, aime afficher sa vie de prince.

Une vie de palace

A 22 ans, Teodorin Obiang s’installe à Malibu pour étudier à l’université de Pepperdine, explique la revue américaine Foreign Policy. Mais il n’est pas très studieux. Il passe ses journées à écumer les boutiques. Il fait l’acquisition de somptueux appartements partout dans le monde, dont deux au Cap pour quelque 7 millions de dollars. Amoureux des voitures de luxe, il collectionne les Rolls-Royce et les Lamborghini. Il crée aussi son propre label musical, TNO Entertainment.

Le dandy est pressenti pour hériter du pouvoir de son père. Teodoro Obiang Nguema Mbasogo est à la tête de la Guinée équatoriale depuis le coup d’État de 1979. Il a rapidement imposé son empire. Le président équato-guinéen a placé plusieurs membres de sa famille à la tête de ministères. En 1997, Teodorin Obiang est devenu ainsi ministre de l’Agriculture et des Forêts, puis vice-président en 2012. Grâce aux compagnies pétrolières, l’économie du pays est transformée. La Guinée équatoriale est aujourd’hui le troisième plus grand producteur d’Afrique. Ce sont ces ressources qui enrichissent considérablement la famille du président.

Un » prince » critiqué

Le style de vie de Teodorin Obiang n’est pas au goût de tout le monde. Certaines ONG insistent sur l’incohérence entre l’univers fastueux du vice-président et la vie de la plupart des habitants de la Guinée équatoriale. « La Guinée équatoriale a échoué à donner l’accès aux services les plus basiques. Plus de la moitié de la population n’a pas accès à l’eau potable », précise l’ONG Human Rights Watch. Environ 70% de la population vit avec moins d’un dollar par jour. « Les larges revenus tirés du pétrole financent l’élite qui gravite autour du président », explique l’ONG.

En 2008, les ONG Transparency International et SHERPA portent plainte devant le parquet de Paris contre les familles des dirigeants du Gabon, du Congo-Brazzaville et de la Guinée équatoriale. Selon ces organisations, impossible que le patrimoine immense qu’elles ont accumulé n’ait été acheté au moyen de leurs seuls revenus. Teodorin Obiang est mis en cause. « A l’époque, en tant que ministre de l’Agriculture et des Forêts, Obiang Jr gagnait un salaire de 3200 euros par mois », précise The Guardian. Les ONG dénoncent la corruption et les détournements de fonds publics qui auraient permis de financer ces biens. Une enquête est ouverte en 2010 par la justice française. Le dandy se retrouve au cœur de l’affaire des « bien mal acquis ».

Dans la tourmente judiciaire

Des perquisitions sont ordonnées en 2011 et 2012 dans son hôtel particulier parisien. Onze voitures de luxe et plusieurs camions d’œuvres d’art, de bijoux et de costumes de marque sont saisis.

En 2014, il est mis en examen pour détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et abus de confiance et corruption. Le gouvernement équato-guinéen attaque la France pour violation du droit international devant la Cour internationale de justice (CIJ). Malabo affirme que l’appartement parisien perquisitionné est un bâtiment diplomatique et que Teodorin Obiang dispose d’une immunité pénale, liée à son statut de vice-Président. La justice française aurait, selon la Guinée équatoriale, violé le prince de non-ingérence. Teodorin Obiang dénonce, lui, « un montage contre le gouvernement légal de la Guinée équatoriale et contre l’Afrique ».

Le 27 octobre 2017, le tribunal de grande instance requiert trois ans de prison et 30 millions d’euros d’amende, avec sursis. Le vice-président est reconnu coupable d’avoir blanchi entre 1997 et 2011 une somme estimée à 150 millions d’euros. La justice a également ordonné la confiscation de ses biens mobiliers et immobiliers. Cependant, la saisie de son hôtel particulier parisien devra attendre la décision de la CIJ, le 23 février. Ce sera peut-être la fin du train de vie princier de Teodorin Obiang en France.

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