RDC : Vite une décrispation avant la marche du 25 février

RDC : Vite une décrispation avant la marche du 25 février

Le pouvoir congolais tente coûte que coûte de désamorcer la marche des catholiques de ce dimanche 25 février.

Près de quatorze mois que majorité présidentielle et opposition se sont entendus, sous l’égide des évêques de la Cenco, pour signer l’Accord de la Saint-Sylvestre. Et depuis cette signature, force est de reconnaître que la plupart des articles de cet accord sont demeurés sans lendemain.

Et soudainement, carnaval ou chandeleur obligent, le pouvoir annonce qu’il va mettre en pratique certains points du chapitre de la décrispation. Pas tous, il ne faut pas exagérer, mais certains, parmi les plus « emblématiques » ou les plus symboliques.

Le processus devrait donc commencer avec une vraie double bonne nouvelle ce mardi 20 février, avec la libération annoncée par leurs avocts de Franck Diomi Ndonglala, le patron de la démocratie chrétienne, et de Jean-Claude Muyambo, ancien bâtonnier de Lubumbashi et président de la Solidarité congolaise pour la démocratie et le développement (Scope). Deux des cas emblématiques repris dans l’Accord de la Saint-Sylvestre. Deux cas très symboliques qui, espère le pouvoir, va pouvoir apaiser un peu la tension particulièrement palpable dans les grandes ville de la République démocratique du Congo à quelques jours de la 3e marche des catholiques qui s’annonce particulièrement bien suivie.

Mais, évidemment, pas question ici de parler de la fin des poursuites contre Moïse Katumbi, qui demeure toujours la bête noire du pouvoir.

Fin du dédoublement

Mais cette mesure ne suffira pas, à elle seule, à faire retomber la tension, des tractations sont donc en cours au sein de la majorité pour garantir la fin du dédoublement des partis, autre promesse faite dans l’Accord de la Saint-Sylvestre. Mais ici aussi, comme pour la libération des prisonniers politiques, tous les partis ne seraient pas sur un pied d’égalité. Pour l’instant, si le PDC, l’ARC et l’Unadef paraissent concernés par la fin des dédoublements, le MSR de Pierre Lumbi, ancien conseiller à la sécurité du président Kabila, serait oublié dans cette liste. De quoi satisfaire certains opposants tout en tentant de diviser le G7.

Dépouille Tshisekedi

Et puis, il y a la négociation à double détente pour le poste de Premier ministre et le retour de la dépouille d’Etienne Tshisekedi. L’UDPS tient plus que tout à ce retour. Le pouvoir craint la mobilisation populaire que pourrait susciter ce retour. Personne n’a oublié à Kinshasa les millions de Kinois qui se sont amassés sur le bord de la route pour saluer le retour du vieil opposant en juin 2016, ni la foule compacte qui avait suivi son meeting quelques jours plus tard.

Mais aujourd’hui, s’il veut tenter de redorer son image de pouvoir intransigeant et s’asseyant sur tous les textes qu’il signe, de casser la dynamique de l’opposition et d’affaiblir la détermination des « marcheurs catholiques », le pouvoir sait qu’il doit prendre des risques et vite, la prochaine marche, c’est dans six jours. L’annonce du retour de la dépouille devrait par ailleurs, et le pouvoir le sait, permettre à Félix Tshisekedi de se présenter en position de force au prochain congrès de l’UDPS.

Monseigneur Gérard Mulumba, le frère d’Etienne et donc l’oncle de Félix, n’a cessé de marteler que le corps devait rentrer, que « la famille n’envisageait pas un enterrement à Bruxelles ». « La pression sur Félix Tshisekedi est forte », explique un habitué de la 10e rue de Limete. Pression familiale, pression du parti et pression du pouvoir. « Kabila n’est pas chaud pour lui donner la primature. D’abord parce qu’il sait que ça va encore créer des frictions dans sa famille politique, le PPRD, ensuite, parce que après Badibanga et Tshibala, un troisième Muluba à la tête du gouvernement, ce n’est pas un gage de sérieux », indique cette fois un proche du pouvoir. « Mais il y a d’autres postes en vue qui pourraient être proposés à Félix ». 

« Jusqu’ici, Félix Tshisekedi n’a toujours pas cédé. Il sait que ce passage par la case pouvoir peut-être synonyme d’envoi aux oubliettes dès que le pouvoir n’aura plus besoin de lui », continue un proche de Félix Tshisekedi.

Course contre-la-montre

Du côté du pouvoir, même si on préfère jouer la nonchalance, on sait que le temps presse pour semer le doute dans l’esprit des opposants et de la sociétét civile. Tout le monde attend dans les prochaines heures un communiqué des évêques congolais qui pourrait mobiliser plus que jamais une population qui n’entend pas abandonner ses marches sans obtenir un résultat vraiment significatif.

Car si les organisateurs des marches des Catholiques demandaient l’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre – qu’ils pourraient donc obtenir en partie – ils exigeaient aussi que le président annonce publiquement qu’il ne briguerait pas un troisième mandat. Ce point-là, est toujours sans réponse.

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos