Générique de fin pour le cinéaste Idrissa Ouedraogo

Générique de fin pour le cinéaste Idrissa Ouedraogo

Primé à Cannes et à Berlin, il était l’un des pères du cinéma en Afrique et la fierté du Burkina Faso. Son œuvre, par ses ramifications multiples, dépassait largement son ancrage africain pour aborder des questions universelles. Il s’est éteint dimanche à Ouagadougou (vidéo)

Le réalisateur et producteur burkinabè Idrissa Ouedraogo est décédé dimanche à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, à l’âge de 64 ans, « des suites de maladie ».

Figure emblématique et prolifique du cinéma africain des années 1980-2000, auteur d’une quarantaine de longs et de courts métrages, Idrissa Ouedraogo a bâti sa carrière entre fiction et documentaire et a été récompensé dans les plus grands festivals, obtenant, notamment, le Grand Prix du Jury du Festival de Cannes pour son film « Tilaï » en 1990.

Célébré à Cannes et Berlin

Né en 1954 à Banfora, Idrissa Ouedraogo avait débuté sa carrière cinématographique en 1981 avec une fiction intitulée « Poko » qui avait obtenu, la même année, le prix du meilleur court métrage au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou, le célèbre Fespaco.

Après avoir complété sa formation à l’Institut des hautes études cinématographiques (Idhec) de Paris et à la Sorbonne, il réalise en 1986 son premier long métrage « Yam daabo » (Le choix), suivi deux ans plus tard de « Yaaba » (Grand-mère). Un film avec lequel il remporte le prix Fipresci sur la Croisette en 1989.

En 1990, il réalise « Tilaï », transposition d’une tragédie grecque dans l’Afrique contemporaine, qui triomphe au festival de Cannes et au Fespaco, qui le gratifie de l’Etalon d’or de Yennenga, récompense suprême. Son film suivant, « Samba Traore » remporte l’Ours d’argent au Festival de Berlin en 1992.

11 septembre et universalité

Le cinéma d’Idrissa Ouedraogo se caractérisait par le choix de sujets humains et intimistes. Se déclarant cinéaste avant d’être « réalisateur africain », Idrissa Ouedraogo filmait aussi bien la vie rurale du Burkina que celle de cités européennes.
En 2002 notamment, il avait pris part au projet « 11′ 09′ ’01 », un film composé de 11 courts métrages réalisés par 11 cinéastes internationaux représentant la planète, la multitude de ses cultures et de ses sensibilités politiques sur le thème du 11 septembre. Le Burkinabé s’y était inscrit aux côtés de Ken Loach, Claude Lelouch, Sean Penn, Shohei Immamura, Amos Gitaï, Samira Makhmalbaf, Youssef Chahine, Mira Nair, Alejandro Inarritu et Danis Tanovic afin d’interroger le monde incapable de s’arrêter et de «poser un regard sur lui-même. Sinon, comment expliquer que la terreur soit encore présente et que seuls ceux qui l’ont connue soient figés dans le temps et dans leur chagrin
Refusant de voir son art réduit à son ancrage sur un seul continent, il se penchait sur des questions universelles comme dans son film «Le cri du coeur», sorti en 1995,  porté par Richard Bohringer, Saïd Diarra et Félicité Wouassi : « Comment comprendre le fonctionnement des uns et des autres, comment préserver sa culture sans se figer, comment s’adapter sans s’aliéner? » interrogeait-il .

Dans la vidéo ci-desous, réalisée en 2013 par Kina TV, Idrissa ouedraogo parle de son amour du 7e art, qui remonte à l’enfance, et du rôle du cinéma en Afrique.

Eclectique, l’auteur s’est aussi essayé au théâtre. En 1991, il avait mis en scène « La Tragédie du roi Christophe » d’Aimé Césaire à la prestigieuse Comédie-Française à Paris. Généreux mais exigeant, le cinéaste était également professeur à L’Isis, l’Institut supérieur de l’image et du son de Ouagadougou.

«Hier, Idrissa Ouedraogo a fermé les yeux pour de bon, au moment où se couchait le soleil qui a illuminé son œuvre» a salué Gilles Jacob, qui était Délégué général du Festival de Cannes lors de la présentation de ses films Yaaba et Titaï sur la Croisette.

L’inhumation du maestro burkinabé aura lieu ce mardi au cimetière ouagalais de Gounghin.

Reste à espérer qu’une chaîne de télévision proposera prochainement une soirée hommage en son nom.

Karin Tshidimba (avec AFP)

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