Pour Kyungu, « Katumbi, c’est le cauchemar de Kabila »

Pour Kyungu, « Katumbi, c’est le cauchemar de Kabila »

Gabriel Kyungu Wa Kumwanza, le président du Rassemblement de l’opposition est en route pour Lubumbashi après un peu plus de trois semaines passées en Belgique pour des examens médicaux.

Requinqué, déterminé, Gabriel Kyungu nous reçoit dans un petit bureau bruxellois. « Je rentre », lâche-t-il. « Je sais que ce ne sera pas tous les jours faciles. Mais je rentre dans ma prison à ciel ouvert », poursuit-il pour évoquer sa situation très personnelle à Lubumbashi. « J’ai des policiers tout au tour de chez moi en permanence. Tous mes faits et gestes sont contrôlés. Parfois, ils m’empêchent de sortir de chez moi. Ils tentent de m’intimider. Mais j’ai survécu et j’ai combattu la dictature de Mobutu, je ne vais pas renoncer maintenant face à Kabila ».

Comment jugez-vous la situation globale dans l’ex-Katanga et plus généralement en RDC aujourd’hui ?

Tout se dégrade. La population s’enfonce dans la misère. Dans le Haut-Katanga, avec les prix des matières premières qui sont repartis à la hausse, on pourrait espérer une amélioration mais je pense que l’Etat a définitivement oublié de redistribuer le minimum vital. Le pouvoir de Kabila a privatisé la République. Seuls comptent quelques personnes qui se trouvent autour de lui. Le reste, il s’en moque. En fait, Kabila est en train d’asseoir son régime de terreur. Vous avez vu ce qui se passe en Afrique du Sud. Il y a eu des manifestations. Des clans politiques s’affrontent mais c’est de la politique. Il n’y a pas eu de morts. On n’a pas tiré sur les gens dans les églises, comme chez nous, au Congo.

Le CLC a annoncé une troisième marche pour le 25 février, Lubumbashi sera-t-elle mobilisée ? 

Elle l’a toujours été. Le pouvoir sait ce qu’il fait en coupant les réseaux sociaux. On a l’impression du coup qu’il n’y a qu’à Kinshasa que les choses bougent parce que les images de Kinshasa parviennent à faire tout de suite le tour du monde. C’est plus difficile de communiquer de Lubumbashi, Kolwezi ou Kalemie mais je vous assure que le peuple est déterminé. A chaque marche, il y a plus de monde. Je suis certain que ce sera encore le cas le 25 février. Chez nous aussi, les policiers ont ouvert le feu dans les églises.

L’absence sur le terrain de Moïse Katumbi ne se fait-elle pas sentir ?

Oh si. On sent son absence au Katanga, c’est un handicap évident. Mais dites-vous bien une chose, la majorité des gens avec lesquels je parle me disent qu’il ne doit pas rentrer dans les conditions actuelles. Ils ne veulent pas le  voir en prison, ils ne veulent pas qu’il soit brutalisé. Tout le monde a pris conscience aujourd’hui que Moïse Katumbi est le plus grand ennemi de Kabila et ceux qui ne l’avaient pas compris au début, l’ont appris au fil du temps en voyant la débauche d’énergie utilisée par le pouvoir pour tenter de l’écarter. Souvenez-vous, il a été accusé d’entretenir des mercenaires, il a été condamné dans un procès dont les évêques ont dit qu’il s’agissait d’un procès bidon. Aujourd’hui, malgré l’accord de la Saint-Sylvestre, le point sur la décrispation n’est toujours pas appliqué parce que le pouvoir ne veut pas qu’il rentre. Katumbi, c’est le cauchemar de Kabila.

Vous étiez à ses côtés en décembre 2014 quand  Moïse Katumbi a fait sa sortie contre le troisième pénalty qui ne serait pas accordé à Kabila. Avec le recul, comment jugez-vous cette sortie qui est souvent vue comme le déclenchement des hostilités entre Kabila et Katumbi?

C’était inévitable. On avait déjà parlé ensemble de la dérive qu’on sentait chez Kabila. Il n’y avait plus moyen de lui parler. Il n’écoutait déjà plus personne. Moïse lui avait conseillé de respecter la Constitution mais il a vite compris que c’était peine perdue. Dans ce contexte, il ne pouvait se taire. On voyait qu’on se dirigeait vers une dictature. On ne pouvait pas laisser faire.

Vous imaginiez que le combat serait aussi dur et aussi long ?  

Oui. Parce qu’on a vite compris qu’on était face à quelqu’un qui était prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Avec lui, soit vous vous rangez de son côté, soit vous êtes son ennemi et alors c’est la prison, l’exil ou le cimetière. L’opposition est tout le temps réprimée. Les bureaux de mon parti sont sous scellés depuis deux ans. La répression est permanente et on refuse d’emmener nos partisans à l’abattoir. Alors, parfois, il est préférable de temporiser. 

Vous ne craignez pas de rentrer dans un tel climat ?

Non, c’est chez moi. je vais vous dire, si la répression est aussi violente, c’est parce que l’opposition est puissante. Kabila est devenu un chef de guerre. 

Face à un chef de guerre, ne craignez-vous pas que la violence éclate un de ces jours ?  

Moïse Katumbi, qui notre candidat à la présidentielle au G7, nous répète sans cesse que Kabila n’est pas son ennemi. C’est un message qui passe au niveau de la population. Kabila va craquer. la pression de toute part est de plus en plus forte. La communauté internationale, l’union européenne, l’Union africaine, la Belgique, dont je salue le travail, intensifient leur pression pour que Kabila respecte ses engagements, organise des élections libres et vraiment démocratiques. 

Vous croyez vraiment en ces élections libres et démocratiques ? 

Il faudra y arriver. Mais avec la machine à voter, ce ne sera pas possible. Au pays, les gens ne sont pas dupes, ils l’ont rebaptisée « machine à tricher ». Tout le monde a bien compris que le pouvoir cherche à s’assurer la victoire et que cette machine est la seule solution. S’il y a des élections libres et démocratiques, Kabila ou n’importe qui dans sa bande n’a aucune chance face à Moïse Katumbi. ll le sait. Ils le savent. S’ils veulent rester au pouvoir, ils doivent tricher. Mais on ne les laissera pas faire. 

Vous avez parlé du G7, la plateforme des 7 partis qui ont quitté la majorité présidentielle à l’été 2015 parce que Kabila refusait de s’engager à ne pas se représenter pour un 3e mandat non constitutionnelle. Aujourd’hui, un des partis vous a quitté…

Oui, Dany Banza est parti. On est surpris. On est triste aussi. Mais c’est son choix et il est libre de le faire. Mais le G7 reste le G7 c’est une marque désormais. Même si on est 6 ou 8, nous restons G7. 

Certains ont émis des doutes sur votre engagement au sein du G7…

C’est arrivé après que j’ai reçu la visite d’Olengha Nkoy à Lubumbashi. Il est venu jusque chez moi, je n’allais pas le laisser sur le pas de la porte. J’ai appris ensuite que certains disaient que j’avais reçu 270 000 dollars, pour trahir Moïse et le G7. Je suis ici à Bruxelles ou j’ai rencontré régulièrement Moïse. On s’est vu aussi avec Félix Tshisekedi. je me répète, Moïse est mon candidat à la présidence, je suis G7, je suis opposant et c’est avec ces casquettes que je rentre  au pays. 

Faut-il s’attendre à une démonstration de force de vos partisans à l’aéroport de Lubumbashi ? 

je sais qu’ils veulent venir. Ils ont peur que je sois arrêté vendredi en arrivant. Mais je sais que Kabila va sortir les grands moyens pour empêcher que mes partisans viennent. Je ne veux pas qu’ils se fassent tirer dessus pour venir m’accueillir mais il y en aura tout le long du chemin pour observer si tout se passe bien.

Vous ne rentrez plus au Katanga mais dans le Haut-Katanga. Qu’est-ce qu’a amené ce découpage de votre province ? 

On a multiplié la misère. C’est de mal en pis. Regarder le Haut-Lomami, il n’y a rien là-bas. Pas une seule route pratiquable. Les gens sont en train de retourner à l’âge de pierre. C’est insupportable. Il faut que cela cesse.  Du temps du « gouv », Moïse Katumbi, on a multiplié par dix et même plus les rentrées dans les caisses de l’Etat. Simplement en gérant bien et en permettant à tous ceux qui voulaient travailler qu’ils pourraient le faire. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. Ils sont juste en train de multiplier les frais avec ce découpage et je suppose que c’est la même chose dans les autres provinces. 

Certains ont vu l’ombre du rebelle Gédéon derrière certains massacres au Kasaï, notamment, qu’en pensez-vous ? 

Je ne sais pas. Vraiment. Je constate juste que ce Monsieur qui a été condamné à la peine de mort est revenu par la grande porte grâce au régime de Kabila qui lui a déroulé le tapis rouge. Il dispose désormais d’une villa à Lubumbashi. On ne comprend pas par quelle magie sa situation a changé de la sorte. Quand on voit ça, on se dit que tout est possible mais je ne dispose pas de preuves.

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