RDC : Le cri d’alarme de la famille du député Gekoko

RDC : Le cri d’alarme de la famille du député Gekoko

Le crime à Kinshasa de l’ancien député pro-Kabila ? « Outrage au chef de l’État » !

L’inquiétude est maximale à Jodoigne où sa famille a reçu les photos vendredi. L’homme à genoux est le député congolais Gérard Mulumba dont l’épouse et les enfants vivent depuis des années en Brabant wallon. Sur les photos, la quantité de sang vomi est impressionnante.

Il y a cinq ans, Gérard Mulumba siégeait au Parlement à Kinshasa pour le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, le PPRD du président Kabila.

Pour des raisons très particulières, le député, que tout le monde appelle Gekoko, a démissionné. Sa sœur Nadine que nous avons rencontré en début de semaine à Bruxelles lance un appel à la communauté internationale. « Mon frère est en danger de mort. Sauvez-le avant qu’il ne soit trop tard. » 10 novembre 2017, fin d’après-midi, à Ndjili, non loin de l’aéroport. Le député de 48 ans est appelé par un collaborateur. C’est un piège. Gérard Mulumba ignore que ce collaborateur qui lui donne rendez-vous est déjà aux mains de l’ANR, les services de renseignements. Il se fait arrêter et, selon sa sœur qui dispose de témoignages, « torturer ». « Pendant près de deux mois, poursuit Nadine, nous n’avons eu aucun contact. Nous ne savions pas où il était détenu, dans quelle prison secrète, ni s’il était mort ou vivant. Il n’avait accès ni à un avocat ni à des soins. »

Le 3 janvier la famille apprenait par les réseaux sociaux – très actifs en RDC « quand ce n’est pas coupé » – que Gérard Mulumba était décédé. « Nous recevions des messages de sympathie et de condoléances. »

Si l’information a depuis lors été démentie et si l’homme politique a maintenant un avocat, Me Léon Ngomba, la situation reste très inquiétante.

On l’aura compris : Mulumba n’est plus en odeur de sainteté. En désaccord avec la politique de la majorité présidentielle, le député PPRD a démissionné en 2013. « Chose rare en RDC, souligne sa sœur Nadine. Renoncer à son salaire et à son confort, je ne crois pas que cela s’était déjà vu au Congo. »

Depuis ce jour, Gérard Mulumba est clairement un ennemi. Encore plus depuis qu’en 2017, il a rejoint l’UDPS, le principal parti d’opposition. Et c’est bien le contexte de la liberté d’opinion, d’opinion politique qui est en jeu ici. « Mon frère, dit sa sœur, est inculpé, à Kinshasa, d’outrage au chef de l’État. »

En quoi aurait consisté l’outrage ? « Ce n’est pas clair du tout. Apparemment, il aurait reçu par Internet un message qui déplaisait et l’aurait partagé dans les réseaux sociaux. »

La RDC est-elle un État de droit ? Le 3 février, le parquet général de Kinshasa ordonnait sa mise en liberté. Un huissier s’est présenté à l’hôpital Ngaliema où Gérard Mulumba se trouvait, vu son état de santé. « Cinq agents de l’ANR ont empêché l’huissier d’exécuter la décision de mise en liberté », affirme Nadine Mulumba.

En conférence de presse, le ministre de la Justice Alexis Thambwe expliquait le 5 février ne pas être au courant de l’ordonnance prise deux jours plus tôt. « Apportez-la moi, et on verra. »

Cela fut fait mais Gérard Mulumba n’est toujours pas libre. Depuis la Belgique, sa sœur Nadine a téléphoné à plusieurs reprises au ministre à Kinshasa. « La première fois, il m’a répondu qu’il allait voir. Depuis lors, il ne décroche plus. »

Et vendredi arrivaient ces photos d’un homme agenouillé vomissant. À Jodoigne, dans cette famille, on tremble. L’ordonnance de mise en liberté, délivrée par le parquet général de Kin/Gombe, prévoit une caution de 1.630.000 FC (environ 900 euros), qui ont été versés.

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