RDC: She Okitundu secoué par l’ambassadeur américain Nikki Haley

RDC: She Okitundu secoué par l’ambassadeur américain Nikki Haley

 Par Marie-France Cros.
 
Le Conseil de sécurité de l’Onu a ouvert à New York, lundi 12 février, un grand débat sur le processus électoral en République démocratique du Congo (RDC), sous la présidence de l’ambassadeur américain à l’Onu, Nikki Haley, qui s’était rendue en RDC en octobre dernier.

 
Avaient été invités le ministre congolais des Affaires étrangères, Leonard She Okitundu; le président de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante), Corneille Nangaa; la directrice Afrique centrale de l’ONG Human Rights Watch, Ida Sawyer. Mais pas l’opposition, ni les évêques congolais; ceux-ci sont les garants de l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016, qui avait prolongé le président hors mandat Joseph Kabila d’un an au pouvoir en échange d’une marche consensuelle vers les élections. On sait que le régime n’a pas accompli sa part du contrat, en remplaçant les accords prévus avec l’opposition par des accords avec quelques individus issus de celle-ci mais en désaccord avec elle.
She Okitundu: les élections en bonne voie
 
Le débat a montré le clivage habituel entre pays réticents à tout ingérence extérieure, comme la Chine et la Russie, et partisans du devoir d’ingérence au nom des droits de l’homme, ainsi qu’entre régimes dictatoriaux, portés à l’indulgence envers celui de Kabila, et partisans d’un retour au processus démocratique en RDC, processus qui avait coûté si cher à mettre en place.
Tous se sont cependant entendus pour estimer que les élections – dues pour 2016 et reportées à plusieurs reprises avant d’être fixées maintenant au 23 décembre 2018 (même si Corneille Nangaa a suggéré un possible report en raison des violences fomentées en Ituri) – étaient un tournant crucial pour le pays.
She Okitundu s’est efforcé d’assurer que tout allait bien, les élections étant en bonne voie. Alors que des milliers de chrétiens, rejoints par des kimbanguistes et des musulmans, ont marché pacifiquement les 31 décembre et 21 janvier au péril de leur vie (13 au moins ont été tués par les forces de l’ordre, qui ont tiré dans des Eglises) pour réclamer l’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre, le ministre congolais a assuré que cette application avait « atteint la vitesse de croisière ».
 
Et de s’énerver que des partenaires du Congo « ressassent tel un réflexe pavlovien » l’absence de mise en œuvre des mesures de décrispation politique promises, assurant que le gouvernement avait « posé plusieurs actes positifs dans ce domaine ». Si les principaux prisonniers politiques sont toujours enfermés ou maintenus en exil par des menaces de détention, c’est qu’une commission de hauts magistrats « statue au cas par cas » et qu’ils ont été condamnés « conformément à la loi ». Quant à la fermeture de médias, « plusieurs » ont repris. Enfin, le droit de manifester, de facto supprimé depuis la fin 2016 et les manifestations pour le départ du président hors mandat Joseph Kabila, il doit être « concilié » avec « le maintien de l’ordre », a répondu le ministre, qui a accusé les organisateurs des marches pacifiques de chrétiens d' »instrumentaliser les lieux de culte à des fins politiques inavouées ».
 
« On ne peut pas permettre un autre délai »
 
She Okitundu a aussi promis que la loi sur la répartition des sièges – dont le vote, au cours de la dernière session parlementaire, a été remplacé par celui d’une loi faite sur mesure pour permettre au parti présidentiel de remporter les élections – sera adoptée au cours de la session ordinaire de mars et promulguée par le chef de l’Etat.
 
Il a assuré que « plus de 95% du territoire national » était « en paix sous l’autorité de l’Etat », bien qu’il y ait des violences armées dans les provinces du Tanganyika, du Sud-Kivu, du Nord-Kivu et en Ituri, à l’est, et qu’elles ne sont pas terminées dans le Grand Kasaï, au centre. En janvier, l’Onu avait jugé que la situation humanitaire avait atteint « le point de rupture » en RDC, en raison des crises.
L’Américaine Nikki Haley a souligné pour M. Okitundu le grand intérêt de la communauté internationale pour des élections au Congo, où la situation politique, humanitaire, économique et celle des droits de l’homme « empire ». « On ne peut pas permetre un autre délai » pour les scrutins, a-t-elle insisté.
 
Agir et écouter, au lieu de « blâmer les autres »
 
Mme Haley a indiqué que les listes électorales congolaises devaient encore être nettoyée des fraudeurs et des décédés, qu’il fallait créer un registre des candidats et s’est dite préoccupée par la « politisation » de la Ceni  et par son insistance à utiliser un système de vote électronique non testé encore. « C’est un risque énorme ».
 
Elle a insisté pour que Kinshasa « travaille à libérer les prisonniers politiques », mette fin aux poursuites judiciaires à visée politique et garantissent le droit d’assemblée pacifique et la liberté d’expression. Elle a jugé « complètement inacceptable » la sanglante répression des marches de chrétiens.
 
Quittant son discours écrit pour répondre directement à She Okitundu, elle a ajouté: « Vous êtes fatigué qu’on parle de la RDC » mais « il n’y a pas de joie à le faire ». Au lieu de « protester contre les commentaires négatifs », a-t-elle dit, « on apprécierait » que le gouvernement congolais « agisse et écoute » les Congolais au lieu de « blâmer les autres ». Faisant référence à des éclaircissements qu’elle avait demandés au président Kabila, lors de leur entrevue en octobre dernier, au sujet d’éléments d’information liés à l’assassinat de deux experts de l’Onu au Kasaï le 12 mars 2017 – une Suédoise et un Américain – Mme Haley a interrogé She Okitundu: « Qu’a fait M. Kabila de ma liste? Rien n’a été fait des actions qu’il fallait entreprendre ».

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