RDC : les mesures « anti-belges » font souffrir surtout les Congolais

RDC : les mesures « anti-belges » font souffrir surtout  les Congolais

Analyse par Marie-France Cros

La série de mesures prises ces dernières semaines par le régime du président hors mandat Joseph Kabila contre la Belgique ont principalement pour effet de rendre la vie plus difficile à des Congolais.

Le ministre congolais des Affaires étrangères, Leonard She Okitundu, a-t-il juré d’empêcher ses compatriotes de voyager? A l’automne dernier, il leur avait ainsi annoncé l’obligation d’utiliser un passeport « biométrique », dont le prix était fixé à 185 dollars (soit 175 euros, contre 65 euros pour le passeport belge) à partir de janvier 2018, même lorsque leur ancien passeport (qui avait été vendu aux Congolais comme « biométrique » et devenait soudain « semi-biométrique ») était toujours valable.L’opération avait été vue comme un rançonnement par les Congolais.

Hostilité envers la Belgique

Ces dernières semaines, alors que Kinshasa se lançait dans une escalade de mesures destinées à exprimer son hostilité envers la Belgique – jugée coupable d’influencer les autres Européens parce qu’elle insiste, comme l’Onu et les Etats-Unis, sur le respect de la Constitution congolaise et la tenue d’élections dues – les bureaux du ministre She Okitundu ont exigé la fermeture de l’agence de coopération belge, celle de la Maison Schengen, gérée par la Belgique, et celle du consulat de Lubumbashi, alors qu’était exigée la réduction des fréquences de vol entre Bruxelles et le Congo par Brussels Airlines.

Or, il s’avère que, comme cela avait été prédit, ces mesures sont principalement dommageables aux Congolais.

Où obtenir un visa?

Au candidat voyageur, s’ajoute en effet désormais au prix exorbitant du passeport congolais, le casse-tête pour obtenir un visa vers l’Europe. En exigeant la fermeture de la Maison Schengen, qui en délivrait 25.000 par an jusqu’ici, essentiellement vers la France et la Belgique, le ministre She Okitundu espérait que cette Maison serait confiée à d’autres Européens que les Belges – les Français, par exemple, qui gèrent déjà des Maisons Schengen dans plusieurs de leurs ex-colonies africaines.

C’était mal connaître les Européens: s’il y a bien des désaccords et rivalités entre eux à propos de pays africains, il est cependant hors de question de permettre un précédent qui verrait une capitale africaine empiéter sur la souveraineté d’un pays européen. Autrement dit: il ne laisseront pas Kinshasa faire à la Belgique ce qu’ils ne souhaitent pas que telle ou telle capitale africaine fasse ensuite à l’ex-colonisateur français, britannique ou portugais.

La Maison Schengen de Kinshasa est donc fermée depuis jeudi dernier et il devient terriblement difficile et cher pour les Congolais d’obtenir un visa.

Impossible à Brazzaville

Car seules l’Espagne, la Grèce et la Suisse ont encore une section de délivrance de visas. Mais ils ne sont délivrés qu’à des voyageurs se rendant à Madrid, Athènes ou Berne d’abord (même si la destination est Bruxelles ou Paris). Encore ne sont-ils délivrés que si les raisons de s’y rendre du candidat voyageur sont acceptées par l’ambassade.

Plusieurs journaux kinois ont assuré, ces derniers jours, que la seule possibilité était de se rendre à Brazzaville, de l’autre côté du fleuve Congo. La Tempête des Tropiques détaillait ainsi ce jeudi les coûts supplémentaires de cette « solution »: un laissez-passer de la Direction des Migrations, le logement et les repas sur place et « autres imprévus ». Or, même cette solution est illusoire.

En effet, il n’y a plus d’ambassade de Belgique à Brazzaville depuis deux ans. Et les visas Schengen y sont délivrés par la France, oui, mais uniquement à des candidats voyageurs qui résident au Congo-Brazzaville. Selon les informations recueillies par La Libre Afrique.be, pour ouvrir ce droit aux ressortissants de la RDC, il faudrait l’accord de tous les partenaires Schengen – sans compter que les installations consulaires françaises à Brazzaville ne sont pas prévues pour un tel afflux.

D’autres pertes pour les Congolais

Le passage obligé de 7 à 4 fréquences par semaine pour Brussels Airlines entre la Belgique et le Congo frappe également en priorité les Congolais, qui sont les plus nombreux à voyager sur cette ligne. Le manque à gagner, lui, tombe sur les Allemands de la Lufthansa, propriétaires à 100% de la compagnie aérienne. Sans compter celui de la Régie des voies aériennes à Kinshasa, qui ne pourra plus prélever 50 dollars par passager et par vol international (officiellement pour réhabiliter les aéroports) sur la même quantité de voyageurs qu’auparavant.

Mais il n’y a pas que les candidats voyageurs qui désespèrent. La Tempête des Tropiques – qui redoute une « bombe sociale » – rapporte ainsi la « colère » des cambistes et agences de voyage qui prospéraient autour de la Maison Schengen de Kinshasa, le nombre de leurs clients ayant « sensiblement diminué » depuis la fermeture du bâtiment consulaire et cela alors que « le climat des affaires (…) était déjà moribond en RDC ».

Et selon les informations recueillies à Kinshasa par La Libre Afrique.be, la fermeture de l’agence de coopération belge entraîne la perte de 200 emplois pour les Congolais.

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