RDC: Pétrole: les bonobos menacés par l’ordonnance de Kabila

RDC: Pétrole: les bonobos menacés par l’ordonnance de Kabila

Par François Misser.

L’ordonnance du président Kabila, autorisant l’exploration pétrolière dans la région du Parc de la Salonga, menace l’habitat naturel des bonobos, des singes qui ne vivent qu’en République démocratique du Congo (RDC).

Le président Joseph Kabila a signé le 1er février une ordonnance approuvant le contrat de partage de production entre la RDC et l’association Société nationale des hydrocarbures (SONAHYDROC) – Compagnie minière du Congo (COMICO) de l’homme d’affaires grec Adonis Pouroulis.

Empiètement sur le parc de la Salonga

Or ce contrat, qui autorise l’exploration par la COMICO et la compagnie d’État congolaise dans les blocs 1 (Mbandaka), 2 (Lokoro) et 3 (Busira) de la Cuvette centrale, suscite l’inquiétude des défenseurs de la nature. Certains d’entre eux ont alerté La Libre Afrique.be sur le fait que l’un des trois blocs (qui couvrent ensemble une superficie de 146 000 km2), Lokoro, empiète sur le territoire du Parc national de la Salonga, vaste comme la Belgique et le Luxembourg réunis.

Ce parc abrite le sanctuaire des sympathiques chimpanzés nains “pan paniscus”, plus connus sous l’appellation de bonobos. La carte présentée en 2009 à Kinshasa par le vice-ministre des Hydrocarbures Gustave Beya Siku montre clairement que le bloc 2 de la COMICO couvre plus du tiers du Parc de la Salonga.

Déjà, en juillet 2008, le député indépendant Jean Bamanisa Saidi avait tiré la sonnette d’alarme, dénonçant à la tribune de l’Assemblée nationale le découpage des blocs pétroliers qui avait été fait sans tenir compte des espaces protégés,tels que les parcs des Virunga et de la Salonga. Le député critiquait ainsi le ministre des Hydrocarbures de l’époque, Lambert Mende (aujourd’hui, titulaire du portefeuille de la Communication et porte-parle du gouvernement), qui s’était vanté en 2007 de la découverte d’“indices sérieux” de la présence de pétrole dans le territoire de Dekese, situé dans la Cuvette à l’intérieur de la province du Kasaï. En 2012, l’American Association of Petroleum Geologists avait signalé l’existence d’un puits d’exploration stratigraphique sur ce même site de Dekese, situé juste au sud du Parc national de la Salonga.

Au coeur de l’habitat des bonobos

Tous ces éléments alarment l’International Union for the Conservation of Nature (IUCN), qui déplore l’octroi de concessions pétrolières au coeur de l’habitat des bonobos. La zone de Dekese est importante pour les défenseurs de la faune. Le Fonds Mondial pour la nature (WWF) signalait en septembre 2016 qu’elle était le théâtre d’un braconnage intensif d’éléphants, tués pour leur ivoire.

Depuis des années, l’UNESCO ne cache pas sa préoccupation à l’égard des intentions du gouvernement congolais. Lors de sa 41ème session à Cracovie (Pologne), en juillet 2017, le Comité du Patrimoine mondial  avait réitéré sa demande à Kinshasa de clarifier d’urgence son expression d’intérêt pour l’exploration et l’exploitation de pétrole dans la Cuvette centrale, où se trouve le parc. Le Comité avait également souligné que ces activités sont incompatibles avec le maintien du classement de la Salonga au Patrimoine de l’Humanité.

Le Comité avait aussi rappelé que Total et Shell, se sont engagées à ne pas entreprendre de telles activités sur des aires classées au Patrimoine mondial.  La COMICO en fera-t-elle autant? L’avenir le dira.

En attendant, cela fait des années que le gouvernement congolais demeure sourd aux demandes de clarification de l’UNESCO. On comprend mieux pourquoi à présent. M. Kabila semble en effet se soucier des bonobos et autres éléphants comme d’une guigne, obsédé par son objectif de pouvoir pomper l’argent du pétrole.

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