Togo : l’opposition peine à renverser Faure Gnassingbé

Togo : l’opposition peine à renverser Faure Gnassingbé

Constance Cabouret

Depuis août 2017, la coalition de l’opposition togolaise cherche à renverser le président Faure Gnassingbé. Les manifestations s’enchaînent, mais le pouvoir résiste.

C’est un combat qui dure depuis six mois. Pourtant, ils étaient encore des milliers samedi dernier à défiler dans les rues de Lomé à l’appel de l’opposition pour protester contre le régime de Faure Gnassingbé. Les manifestants réclamaient la démission du président togolais, au pouvoir depuis 2005 après avoir succédé à son père, Gnassingbé Eyadema, à la tête du pays pendant 38 ans. Ils demandaient un retour à la constitution de 1992 qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Ils dénonçaient aussi la pauvreté et le chômage qui touchent le pays.

Ces marées humaines qui protestent contre le pouvoir en place rappellent le soulèvement populaire qui a marqué le Burkina Faso en 2014, conduisant à la démission de Blaise Compaoré, président pendant 27 ans. Mais au Togo, l’opposition piétine et ne parvient pas à faire démissionner Faure Gnassingbé.

L’armée, au cœur du pouvoir

Certes, le nombre de manifestants est très important, mais ils ne semblent pas ébranler le pouvoir. Le gouvernement reste fort, souligne Comi Toulabor, directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques et spécialiste de l’Afrique de l’Ouest. Le chercheur explique que l’armée est la clé du pouvoir des Gnassingbé. Elle soutient le régime et réprime les manifestations. L’opposition a plusieurs fois dénoncé la violence des militaires. Le 19 août, des affrontements entre les forces de l’ordre et des manifestants avaient fait plusieurs morts. « La communauté internationale ne bouge pas, et tant que le rapport de force ne sera pas en faveur des opposants, il sera difficile de faire changer les choses », ajoute Comi Toulabor.

Trop de partis politiques

Un autre obstacle pourrait être le nombre trop important de partis politiques. « Il y a, au Togo, 113 partis officiellement recensés. Pour un pays qui compte entre 7 et 8 millions d’habitants, c’est beaucoup », rappelle le spécialiste. Et avec les 14 partis qui composent l’opposition, il sera peut-être difficile de se mettre d’accord sur l’avenir du pays. « Cette division de l’opposition, le pouvoir sait jouer dessus », rajoute-t-il.

« L’histoire politique du Togo n’est pas celle du Burkina Faso« 

Selon Comi Toulabor, la comparaison faite entre le Togo d’aujourd’hui et le Burkina Faso de 2014 n’est pas très pertinente. « Le Togo n’est pas configuré sur le plan politique ou sociologique de la même façon que le Burkina Faso. La société civile au Burkina est beaucoup plus implantée, beaucoup plus structurée », précise-t-il. « ’Lhistoire politique du Togo n’est pas celle du Burkina Faso. »

Un dialogue entre la coalition de l’opposition et le gouvernement a été annoncé pour le 15 février. Difficile donc de savoir quel chemin politique prendra le Togo. Comi Toulabor insiste toutefois sur la difficulté qu’auront les opposants à renverser le gouvernement. « On a plutôt l’impression que le pouvoir prend du poil de la bête. »

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