RDC: l’Ituri à nouveau en feu?

RDC: l’Ituri à nouveau en feu?

Par Marie-France Cros.

Des affrontements entre Hemas et Lendus, dans la région de Bunia (Ituri, nord-est de la République démocratique du Congo), ont fait  23 morts hemas et une dizaine de lendus depuis le 2 février. Les violences inter-ethniques, qui couvaient depuis décembre, vont-elles à nouveau mettre l’Ituri à feu et à sang?

La région a été ensanglantée par des troubles entre ces deux ethnies en 1911 et 1953, sous la colonisation belge, puis encore en 1966, 1974 et 1999, alors que la RDC était indépendante. Il s’agissait chaque fois, au départ, de conflits pour la terre entre Hemas, souvent éleveurs, et Lendus, généralement agriculteurs. Chacun des deux groupes assure avoir été présent dans la région avant l’autre, il y a plusieurs siècles, l’autre étant dès lors présenté comme un intrus.

Plus meurtrier et plus long

En 1999, cependant, le conflit avait été plus meurtrier et plus long que les fois précédentes. Avec la multiplication des guerres dans la région, les villageois belligérants ont en effet eu accès à des armes de guerre et ont constitué des milices armées plus meurtrières que des villageois équipés d’armes blanches. En outre, le conflit avait été instrumentalisé par l’Ouganda et le Rwanda qui se livraient leur propre guerre pour le contrôle des richesses de cette région (recettes douanières, or, diamants, bois), par Ituriens interposés.

En 2003, une opération militaire européenne baptisée Artemis, menée avec 1800 hommes, essentiellement des soldats français, avait été déployée durant trois mois (de juin à septembre) à Bunia, la capitale de l’Ituri, désertée par plusieurs milliers d’habitants depuis que les milices de Hemas et de Lendus s’étaient affrontées dans la ville en mai. La présence d’Artemis avait poussé quelque 12.000 personnes à rentrer à Bunia – mais les massacres de civils de l’une et l’autre communauté, ainsi que des combats, se poursuivaient dans l’arrière-pays lorsqu’Artemis avait passé le commandement de l’opération aux casques bleus de l’Onu, en septembre.

L’action de l’Onu ainsi que le jugement, par la Cour pénale internationale, de plusieurs chefs de milice (Thomas Lubanga, Germain Katanga, Mathieu Ngudjolo) avaient contribué à ramener un calme fragile.

Violences juste avant Noël

Le regain de violence observé juste avant la Noël 2017 a été dénoncé par le chef de la communauté hema de Djugu: un jeune Hema avait été assassiné par des inconnus, qui avaient aussi fait deux blessés. Il indiquait également que de jeunes Lendus de Walendu Pitsi étaient venus à Blukwa pour y incendier 28 maisons appartenant de Hemas; les incendiaires affirmaient venger ainsi l’incendie d’habitations de Lendus à Thethe. Le lendemain, 60 maisons de Hemas étaient brûlées à Lonju par des Lendus de Walendu Pitsi, tandis que des militaires appelés à la rescousse étaient attaqués par des villageois non identifiés, qui leur avaient volé leurs armes.

C’est à nouveau à Blukwa que le sang a coulé depuis du 2 au 4 février. Selon le président des Hemas, 23 de ceux-ci ont été tués par des Lendus de Walendu Tatsi. L’AFP, citant « une source officielle de la province », indique que « une dizaine de combattants lendus » ont également été tués, ainsi qu’un capitaine de la police, atteint par des balles. Trois policiers sont blessés et de 500 à 800 familles ont fui les violences.

Ce lundi, Bunia était paralysée par une grève des commerçants Hemas, tandis qu’une manifestation de jeunes Hemas, qui avaient tenté de bloquer le gouverneneur, ont été dispersés à balles réelles par la police, selon Radio Okapi.

Que pensez-vous de cet article?

Derniers Articles

Journalistes

Dernières Vidéos