Maroc : Les barons du charbon de Jerada

Maroc : Les barons du charbon de Jerada

Julier Chaudier, correspondante au Maroc

« En 2008, un entrepreneur nous a proposé d’acheter notre charbon à un meilleur prix. Il avait obtenu un permis d’exploitation et voulait nous offrir de meilleures conditions de travail. Une nuit qu’il était à Jerada, quelqu’un l’a menacé avec un couteau et il est parti sans jamais revenir », raconte Ahmed*. Comme tous les mineurs de Jerada, il n’a pas le droit d’exploiter le charbon ; cela fait pourtant 32 ans qu’il va au fond. Pour lui, il ne fait aucun doute que ce sont le « barons du charbon » qui ont menacé le nouveau venu pour garder la haute main sur l’or noir de Jerada.

Les sociétés qui ont obtenu des permis d’exploitation après la fermeture de la mine des Charbonnages du Maroc, en 1998, n’ont ainsi jamais mis en place l’arsenal d’une véritable mine. Elles se sont contentées d’acheter le charbon extrait illégalement par les mineurs sur leur concession sans jamais les salarier. « Aujourd’hui, 4 sociétés, appartenant à 3 personnalités, dont deux sont des élus locaux, possèdent un permis d’exploitation minière à Jerada. Celles-ci emploient seulement entre 7 et 12 personnes alors que les quantités de charbon vendues sont bien supérieures à ce que douze personnes peuvent traiter. En fait, ces employés exploitent mais rachètent également, semble-t-il, via des intermédiaires, le charbon aux artisans mineurs entre 600 et 700 dirhams la tonne alors que les sociétés la revendent à 1400 dirhams », explique Abderrazak El Gourji, secrétaire général de la wilaya de la région de l’Oriental.

Les deux principales sociétés d’exploitation sont détenues par Moustapha Toutou et Yassine Daghou, qualifiés de localement de « barons du charbon », alors que ces derniers sont également, depuis l’an dernier, les deux seuls députés de la circonscription de Jerada à la Chambre de représentants. La propre sœur de Moustapha Toutou, Mbarka Toutou, est elle-même la présidente de la commune de Jerada depuis deux ans.

« C’est une ‘malchance’ que certains élus locaux soient aussi les détenteurs de permis d’exploitation, regrette le secrétaire général de la wilaya car les jeunes protestataires de Jerada ne veulent même pas être reçus par les élus. Nous sommes donc obligés de toujours traiter directement avec eux. Il y a un problème de gouvernance locale car les habitants de Jerada ont le sentiment de ne pas être écoutés par leurs élus. »

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