RDC: Sanctions de l’Onu contre Gédéon et le général Mundos

RDC: Sanctions de l’Onu contre Gédéon et le général Mundos

Par Marie-France Cros.

Le Comité des sanctions de l’Onu a ajouté jeudi à sa (longue) liste quatre Congolais représentant une « menace pour la paix, la stabilité et la sécurité » en République démocratique du Congo (RDC), a annoncé Belga.

L’Onu avait déjà sanctionné la rébellion tutsie M23, ainsi que cinq de ses dirigeants; le chef de la rébellion dont elle était issue, le CNDP, Laurent Nkunda; un autre rebelle tutsi, Jules Mutebusi. Elle avait également sanctionné les FDLR, rébellion hutue rwandaise issue des génocidaires et active au Congo, où elle a souvent fourni des supplétifs à l’armée congolaise, ainsi que certaines personnalités de ce mouvement. Des chefs miliciens d’Ituri (dont deux ont été jugés par la Cour pénale internationale) et du Nord-Kivu figurent aussi sur sa liste de sanctionnés, ainsi que des civils, opérateurs économiques au Kivu, et des entreprises au Kivu ou oeuvrant au Kivu.

Kivu et Katanga

Cette fois, l’Onu épingle trois personnalités actives au Kivu et une au Katanga. Pour le Kivu, il s’agit du chef de la milice Nduma Defence of Congo/NDC Rénové, Guidon Shimiray Mwisa, qui sévit dans les régions de Lubero et Walikale (Nord-Kivu); son groupe est une scission du Nduma Defence of Congo, l’autre aile étant dirigée par un trafiquant de cassitérite et coltan nommé Cheka. Les deux groupes s’affrontent souvent. En 2016, celui de « Guidon » avait notamment ouvert le feu sur des soldats congolais et des casques bleus pour empêcher une distribution de nourriture aux civils à Buleusa.

Le second sanctionné est un Rwandais nommé Lucien Nzambwita, sur lequel nous n’avons pas de détails. Et le troisième est le général Charles Muhindo Akili, dit « Mundos », très connu celui-ci. C’est apparemment la première fois qu’un officier congolais en fonction (et non un mutiné, comme ce fut le cas pour les Tutsis du M23, du CNDP ou de Mutebusi) est visé par des sanctions de l’Onu.

Le général qui armait les rebelles pour tuer des civils

Le général « Mundos » est issu de la garde prétorienne du président hors mandat Joseph Kabila, la Garde Républicaine. Il avait été l’adjoint du populaire général Lucien Bahima jusqu’au décès suspect de celui-ci, le 30 août 2014, durant l’opération « Sukola 1 », supposée mettre fin aux crimes de la rébellion ougandaise ADF dans l’est du Congo. Le 13 septembre 2014, le général « Mundos » avait été nommé commandant du secteur opérationnel à Beni – Lubero, tandis que débutait une vague de massacres dans la région de Beni, attribués par Kinshasa aux ADF mais dont certaines tueries au moins sont, selon des chercheurs, l’œuvre de l’armée congolaise elle-même.

En mai 2016, un rapport des experts de l’Onu accusait le général « Mundos » d’avoir recruté, financé et armé des membres des ADF pour qu’ils tuent des civils à Beni et, quelques jours plus tard, il était visé par des sanctions de l’Union européenne. En septembre dernier, un rapport du Groupe d’Etudes sur le Congo (GEC, rattaché à l’Université de New York) l’accusait d’être complice et co-auteur des principaux massacres à Beni. Ceux-ci ont fait un millier de morts et 180.000 déplacés.

Gédéon le tueur

Le dernier des quatre nouveaux sanctionnés par l’Onu, est le chef de milice Gédéon Kyungu, plus connu sous son seul prénom, qui a fait trembler le Katanga en raison d’horribles exactions – notamment des actes de cannibalisme – contre les civils dans ce qui était devenu, de son fait, au début des années 2000, « le triangle de la mort » (Mitwaba, Manono, Kabalo).

Après s’être rendu aux casques bleus en 2006, il avait été condamné à mort par un tribunal militaire congolais en mars 2009. Mais, en septembre 2011, une spectaculaire attaque de sa prison de la Kasapa (Lubumbashi) avait permis de le libérer – avec 900 détenus – sans que les militaires de deux camps voisins ne réagissent.

Rallié à Kabila

Il avait repris ses violences dans le triangle de la mort avant d’annoncer, en août 2015, qu’il fondait un parti politique, le MIRA. Quatorze mois plus tard, le 11 octobre 2016, Gédéon « déposait les armes », accueilli par des chants et des danses, lors d’une grande cérémonie organisée par le gouverneur du Haut-Katanga, au cours de laquelle le milicien portait un T-shirt à l’effigie de Joseph Kabila. A la suite de quoi son épouse, Mme Ilunga, sera libérée de prison.

Quelques mois plus tard, la nuit du 21 au 22 mars 2017, plusieurs camions transportant une partie de ses miliciens, officiellement démobilisés, les ont amenés à l’aéroport de Lubumbashi où ils ont embarqué pour Kananga, au Kasaï – alors en proie à une sanglante rébellion au nom du chef assassiné Kamwina Nsapu. Le 29 mai 2017, l’Union européenne adoptait des sanctions à son encontre. Et le 3 octobre dernier, le ministre congolais de la Justice, Alexis Thambwé, annonçait l’amnistie de 79 « détenus politiques » inconnus qui, selon les familles des détenus politiques connus, étaient des miliciens de Gédéon.

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