Culture/Littérature: comment une Africaine échappe à un prédateur puissant

Culture/Littérature: comment une Africaine échappe à un prédateur puissant

Par Marie-France Cros.

L’écrivain togolais Théo Ananissoh publie un nouveau roman. Epuré à l’extrême, il atteint à l’universalité et expose un problème récurrent dans toute dictature: que peut faire une jeune femme convoitée par un homme puissant pour échapper à ses griffes?

Théo Ananissoh avait été remarqué dès la publication de son premier roman, « Lisahohé », en 2005. Ecrivain togolais exilé en Allemagne, il y peignait la pesanteur étouffante d’une petite ville ouest-africaine dans un pays soumis à la dictature et, par le biais d’un héros vivant en Allemagne et rentré au village, interrogeait l’avenir: faut-il collaborer avec le système ou lui résister?

Dans « Un reptile par habitant » (2007), il s’essayait au roman policier, à l’abri duquel il questionnait la valeur de l’action individuelle pour résister à la tyrannie. « Ténèbres à midi » (2010) était un roman douloureux sur la difficulté, pour un Africain émigré en Europe, de rentrer au pays pour le faire profiter des compétences acquises à l’étranger.

Maîtrise grandissante

Dans sa dernière œuvre, « Delikatessen » (qu’on pourrait traduire par « friandises »), Theo Ananissoh confirme sa maîtrise, toujours grandissante, de l’art d’écrire. Sa préoccupation reste de peindre la vie des hommes sous régime autoritaire mais, cette fois, il resserre sa réflexion à la manière des grands classiques: unité d’action, de lieu et de temps.

Car le roman se déroule sur 48h à peine, dans une ville côtière d’Afrique, qui pourrait être Lomé mais qui est toutes les villes soumises à un potentat. Et l’action tourne autour du problème de Sonia, jolie jeune femme qui allie à une carrière à la télévision nationale, un violon d’Ingres qui est de cuisiner pour son petit restaurant. Elle a deux amants – l’habituel et le compatriote vivant au Canada, revenu en vacances – et deux prétendants vieux et riches, un sénateur et un colonel, patron des services de Renseignement et cousin du Président. Sonia slalome entre les trois premiers; le quatrième resserre rapidement l’étau autour d’elle. Parviendra-t-elle à lui échapper?

Ananissoh fait progresser une soirée et une journée avec finesse et réflexion. Le lecteur ne lâche pas le livre avant d’avoir tourné la dernière page.

« Delikatessen », de Théo Ananissoh, Ed. Gallimard/Continents noirs, 186 pp. environ 18€

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