RDC : Pourquoi Kinshasa cible la Belgique

RDC : Pourquoi Kinshasa cible la Belgique

Analyse par Marie-France Cros

L’annonce par Kinshasa de sa volonté de fermer l’agence de coopération belge et la “Maison Schengen”, où sont délivrés aux Congolais les visas pour les pays de l’espace Schengen, témoigne d’une crispation du régime du président hors mandat Joseph Kabila. Ce dernier s’est mis au ban des nations en réprimant avec violence deux marches pacifiques de chrétiens, les 31 décembre et 21 janvier derniers

Appliquer l’Accord de la Saint-Sylvestre

Les marcheurs demandaient, comme le font l’Onu et plusieurs capitales amies du Congo, que le régime mette en œuvre sa part de l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016. Ce texte, obtenu sous l’égide des évêques, balise le chemin vers des élections consensuelles après que M. Kabila n’ait pas fait organiser les élections en 2016 et prétendu – appuyé par une Cour constitutionnelle à sa dévotion – qu’il pouvait donc rester en place jusqu’à l’élection de son successeur, élection qu’il n’organise pas.

Le régime n’a pas respecté sa part dans cet Accord (libération de prisonniers politiques connus; partage du contrôle de l’organisation des élections; organisation des élections avant la fin 2017). Il a même, au contraire, modifié la loi électorale en vue de donner un avantage exorbitant au parti présidentiel, le PPRD, notamment en supprimant les candidats indépendants, dont l’existence est pourtant prévue par la Constitution. Le tout en accroissant la répression de toute contestation de ses positions et alors que la population souffre de plus en plus de l’accaparement des ressources de l’État par les animateurs du régime et la famille Kabila, comme l’a montré une enquête de l’agence financière Bloomberg publiée en décembre 2016 et en juillet 2017.

Pourquoi la Belgique ?

Si la réprobation est internationale, pourquoi cibler la Belgique ?

C’est depuis l’adoption par l’Union européenne, en mai 2017, de sanctions contre 9 personnalités du régime de Kinshasa que celui-ci promet des mesures de rétorsion contre la Belgique. On sait que l’Union européenne laisse aux anciens colonisateurs le rôle de “poisson pilote” de sa politique envers leurs anciennes colonies. La Grande-Bretagne donnait ainsi jusqu’ici le “la” de la politique européenne envers le Zimbabwe; Paris suggère celle à suivre envers ses anciennes colonies et la Belgique est écoutée lorsqu’il s’agit du Congo. Kinshasa cible donc délibérément la Belgique, dans l’espoir d’amener celle-ci à modifier ses positions envers le régime Kabila et, ipso facto, celles de l’Union européenne.

En outre, s’attaquer à l’ancienne puissance coloniale en l’accusant d’être responsable des maux du Congo (même s’il a été colonie de la Belgique durant 52 ans, de 1908 à 1960, et indépendant durant 57 ans, de 1960 à aujourd’hui) est toujours susceptible d’attirer la sympathie des pays africains.

Imiter Mobutu, seule référence du régime

À cela s’ajoute la manie de Kinshasa d’imiter la politique de Mobutu – la seule référence du régime – qui a toujours tenté de diviser les Européens à son profit. Depuis son élection, en 2006, Joseph Kabila essaie donc de traiter en bilatéral avec les pays européens, pour jouer, lui aussi, les uns contre les autres – notamment la France contre la Belgique. Si cela ne marchait pas sous François Hollande, l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir à Paris a redonné du peps à la Françafrique et Kinshasa essaie d’en tirer parti.

Reste que les temps ont changé depuis Mobutu. Les diverses mesures de rétorsion envisagées par Kinshasa contre la Belgique depuis mai dernier ont fait flop parce qu’elles auraient occasionné trop de dégâts collatéraux au régime.

L’annonce de cette semaine s’explique à la fois par l’énervement des autorités de Kinshasa en raison de l’unanimité des critiques de sa violence envers les marcheurs chrétiens pacifiques, et par son dédain pour sa population, principale victime d’une rupture de la coopération.

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