RDC : Changer les règles du jeu pour prolonger Kabila

RDC :  Changer les règles du jeu pour prolonger Kabila

Découvrez les nouveaux statuts du PPRD

Par Hubert Leclercq

Le ciel était à l’orage, ce jeudi au-dessus de la Gombe, quartier des affaires de Kinshasa. C’est au bout de ce quartier, non loin de grands hôtels internationaux et des résidences des ambassadeurs étrangers, qu’est planté le siège du PPRD, le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie.

Ce jeudi, toute la crème du parti était réunie. Les décideurs devaient recevoir lecture des nouveaux statuts du parti, fondé le 31 mars 2002 par l’actuel président hors mandat Joseph Kabila, désigné donc comme « l’initiateur » dans les nouveaux statuts à lire ci dessous.

Tous les ministres du PPRD, le secrétaire général du parti (Henri Mova), le secrétaire général de la majorité présidentielle (Aubin Minaku) et même, preuve de l’importance de la réunion, Zoé Kabila, le petit frère, étaient de la partie. On pouvait aussi voir les patrons des sociétés semi-étatiques présents en nombre et bien accompagnés. « On a été prié de venir avec vingt de nos employés membres du parti pour gonfler l’auditoire », explique un de  ces patrons pas très heureux d’avoir dû « cotiser solidement pour l’organisation de cette réunion. Mais, bon, on n’avait pas le choix. C’est le parti qui m’a donné ce poste. Renvoi d’ascenseur, comme vous dites. »

Surchauffe

A la présentation de la journée, Aubin Minaku, le patron de l’Assemblée nationale, qui est aussi le secrétaire général de la majorité présidentielle, sans que cette double casquette ne semble poser problème.

Un Minaku très en verve malgré les soucis électriques qui ont contrain cette illustre assemblée à quitter la fournaise de leur bâtiment (un délestage a visiblement eu la peau du climatiseur. L’ambiance étant devenue irrespirable, les membres du parti ont choisi de poursuivre dehors… jusqu’à ce qu’une forte pluie vienne aussi perturber ce retrait strétégique).

Zoe Kabila, présent au siège du PPRD, ce jeudi après-midi.

Au menu donc, la lecture des nouveaux statuts du PPRD qui prévoient un changement  historique, avec l’apparition d’un président, d’un vice-président et d’un secrétaire permanent. Une struture qui fait évidemment penser à ce qui se passe à l’ANC sud-africain où l’élection présidentielle est… indirecte. Le président du parti qui remporte les législatives devenant le président du pays.

Garder le pouvoir

De quoi raviver la piste du référendum et de la modification du mode de scrutin présidentiel. Un scénario qui est dans les cartons de la majorité présidentielle depuis de très longs mois.

« Le scénario est clair comme de l’eau de roche, nous explique un des acteurs de cette journée. La majorité des membres ne sont pas demandeurs de cette nouvelle ligne mais on n’a pas le chix. Si on conteste, on est dehors. La force répressive, la pression financière sont dans le petit camp qui entoure le président et qui ne veut absolument pas perdre ses acquis. Lisez l’article 5 de ces statuts, vous comprendrez » .

Cet article dit  : Le PPRD poursuit comme objectif principal la conquête, l’exercice et la conservation du pouvoir d’Etat par les voies démocratiques.

« Au moins, c’est franc, l’objectif principal, ce n’est pas la bonne gestion ou le développement du pays. L’objectif, c’est le pouvoir et le garder », commente notre participant.

Plus de partage de gâteau

L’avantage de cette nouvelle structure et la volonté de modifier le mode de scrutin permet aussi au PPRD, après avoir revu la loi électorale, d’en finir avec le partage du pouvoir. Il faut se souvenir de la sortie enregistrée d’Henri Mova à l’Hôtel du Fleuve en novembre dernier. Il se plaignait ouvertement du fait qu’il fallait aujourd’hui « partager le gâteau » avec des partis pour lesquels il ne cachait pas son mépris (“Un Premier ministre venu de je ne sais quel bord idéologique fait son programme et nous sommes obligés de le défendre tous les jours, avait-il déclaré.) Le Premier ministre Tshibala a dû apprécier.

Joseph Kabila se tiendrait donc légèrement en réserve. Le poste de président du PPRD lui revenant naturellement selon ces nouveaux statuts qui accordent cette présidence à l’Initiateur du parti. Comme il est aujourd’hui président de la République, il lui est diffcilement possible de cumuler les deux postes. Un vice-président (que Kabila désignera tout seul comme un grand, c’est aussi prévu dans les statuts comme il est aussi prévu qu’il peut éjecter ce vice-président à chaque session du Bureau politique, donc tous les trois mois – at 42) jouera donc les bouche-trous jusqu’à la tenue des législatives.

Economies et humiliation

Vu les budgets nécessaires pour organiser toutes ces élections, on supprimerait donc la présidentielle qui deviendrait un scrutin indirect. Le président du parti vainqueur des législatives devenant le président du pays. Il faut encore évidemment organiser un référendum pour faire passer la pilule. Pas évident, mais le PPRD est désormais obligé d’y passer. Sans cette modification, impossible pour Kabila de s’accrocher au pouvoir.

« Cela signifie aussi que le président ne fait confiance à personne. Personne à ses yeux ne pourrait le remplacer. Et le pire, c’est qu’on est obligé d’accepter cette humiliation publique sous peine de tout perdre, poursuit notre membre du PPRD, bien agacé. Je ne parle pas uniquement d’argent mais aussi de notre vie. On a tous peur. Si on dévie de la voie tracée par le petit club autour de Kabila, c’est l’exil et pour toute la famille ou la mort ».

Minaku, lui, confirmait qu’il avait été mandaté par le président pour faire le tour des partis de la majorité pour leur expliquer la donne. Avant de rassurer : « que tous ceux qui n’ont pas été servis au PPRD se tiennent tranquilles. Ils le seront bientôt. On va corriger toutes les frustrations pour que nous soyons véritablement soudés parce qu’on doit être soudés pour être forts et rester au pouvoir. On  ne lâche jamais le pouvoir. Ceux qui ont dit de dégager doivent savoir qu’on ne dégagera pas. On ne dégage pas un pouvoir, on dégage un ballon sur un terrain de foot. »

Henri Mova, de son côté, annonçait à ses hôtes, qu’il boirait une coupe de champagne en soirée pour le départ du nonce apostolique… (Non confirmé, jusqu’ici. Il aurait officiellement été rappelé au Vatican.)

Les Nouveaux Statuts révisés et notariés du PPRD

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