Le président Sissi n’aime pas qu’on lui fasse de l’ombre

Le président Sissi n’aime pas qu’on lui fasse de l’ombre

Le président Abdel Fattah al Sissi s’est déclaré mercredi candidat à sa succession. En toute logique mais aussi pour tenter d’éteindre la polémique qui enfle sur les retraits suspects de plusieurs candidats sérieux à l’élection présidentielle, dont le premier tour est fixé au 26 mars.

Le jour même, l’avocat spécialisé dans la défense des droits de l’homme et opposant notoire à M. Sissi, Khaled Ali, a jeté l’éponge. Il avait annoncé sa candidataure en novembre, mais ses militants avaient ensuite fait l’objet de violentes représailles, et certains d’arrestations. D’après lui le calendrier électoral ne permet pas une « élection libre et juste ». Il a précisé que plusieurs candidats potentiels n’avaient pas eu le temps d’obtenir les parrainages nécessaires pour s’enregistrer avant la date butoir du 29 janvier, qui n’avait été annoncée que le 8 janvier par l’Autorité nationale des élections.

En moins d’un mois, il est le quatrième rival susceptible de faire de l’ombre au président Sissi à renoncer à briguer la magistrature suprême.

Aussitôt déclaré candidat, aussitôt éliminé de la course, l’ancien chef d’état-major Sami Anan n’aura guère goûté à son retour à l’avant-plan. A près de 70 ans (qu’il aura le 2 février), ce général mis à la retraite en août 2012 par le président Mohamed Morsi avait déclaré sa candidature samedi. Il a, selon son équipe de campagne, été arrêté mardi et déferré devant le parquet militaire. L’armée l’accuse d’avoir annoncé sa candidature « sans l’autorisation des forces armées et sans suivre les procédures requises pour mettre fin à son service actif dans l’armée ».

La signature des dictatures

Début janvier, l’ancien Premier ministre – de Hosni Moubarak – Ahmed Chafiq avait rapidement jeté l’éponge. Forcé de reconsidérer sa candidature à la suite des menaces de révélations de nature sexuelle le concernant, il avait justifié son retrait par ses cinq années passées loin de l’Egypte qui l’avaient « coupé des réalités du pays »… Il avait pourtant pris le temps d’assurer son retour en tentant de fédérer derrière lui les oppositions laïque et religieuse, dont les courants réformistes et traditionnalistes des Frères musulmans.

Le 15 janvier, Mohamed Anouar el Sadate, le neveu du président Anouar el Sadate (1970-1981) devenu l’une des voix réformistes, a refusé de se porter candidat, en raison d’un climat peu propice à un scrutin libre. L’année dernière, le Parlement l’avait destitué de son mandat de député. Il avait dénoncé « la trop grande loyauté des députés au gouvernement en place, aux dépens des pouvoirs qui leur sont assignés ».

En novembre, le colonel Ahmed Konsoua, 42 ans, avait annoncé son intention de se présenter à la présidentielle. Quelques jours plus tard, il était placé en détention pour quinze jours avant d’être condamné en décembre à six ans de prison pour « comportement qui nuit aux exigences du système militaire ». Il avait exprimé des opinions politiques dans l’exercice de ses fonctions.

Autant de cas illustrant l’entrave, le découragement ou le musellement systématiques de toute opposition ou voix discordante, considérés comme la signature des dictatures. Sans compter les récentes lois sur les associations, sur les ONG étrangères ou encore les mesures de contrôle à l’égard de la presse, qui maintiennent la société civile dans un mutisme forcé.

Un président qui a su se rendre incontournable

A cette cadence – militaire – des retraits de candidats, il est peu probable que le président Sissi affronte quiconque le 26 mars. Sauf qu’un rival, forcément inoffensif, est indispensable à trouver d’ici le 29 janvier pour donner au scrutin un semblant de démocratie.

Si le président Sissi, en parfait ex-patron des renseignements militaires puis de l’armée, a cadenassé le champ social égyptien, il s’est aussi rendu incontournable aux yeux des institutions internationales et des pays voisins. Ses priorités que sont la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme islamiste ainsi que le redressement économique de l’Egypte doivent ramener la stabilité dans ce pays, le plus peuplé du monde arabe et véritable pivot entre le Maghreb et le Moyen-Orient. De violents troubles l’avaient ensanglanté et avaient déstabilisé son économie au lendemain de la révolution de 2011.

Depuis le coup d’Etat de l’armée, en juillet 2013, M. Sissi a lancé une répression impitoyable à l’égard des groupes extrémistes (dont l’Etat islamique) et une politique de grands projets, parmi lesquels le dédoublement (partiel) du canal de Suez, une infrastructure capitale pour l’économie égyptienne. Le Fonds monétaire international (FMI), qui avait approuvé en novembre 2016 un prêt de 12 milliards de dollars au Caire, a qualifié mardi de « favorables » les perspectives économiques du pays. Une annonce qui tombe au mieux pour le président.

Que pensez-vous de cet article?

Soyez la première personne à évaluer cet article.