RDC: l’Onu durcit le ton

RDC: l’Onu durcit le ton

Les Nations unies et les pays occidentaux ont durci le ton envers Kinshasa après la nouvelle répression sanglante dimanche de marches organisées à l’initiative de catholiques qui demandent aux Congolais de rester mobilisés, et même « inébranlables », pour obtenir du président Joseph Kabila qu’il renonce à se déclarer candidat à sa propre succession et respecte l’Accord de la Saint-Sylvestre 2016, qui balise le chemin vers des élections consensuelles.

Deux jours après avoir fait état de six morts dans les violences à Kinshasa, les Nations unies enquêtaient toujours mardi sur plusieurs autres possibles victimes des forces de sécurité. Les autorités congolaises ne reconnaissent que deux morts.

Observateur de l’Onu frappé

Les Nations unies ont révélé mardi qu’un de leurs observateurs des droits de l’homme à Kinshasa avait été blessé après avoir été frappé à « coups de pieds et de poings par les forces de sécurité ». « La police militaire a également tiré des gaz lacrymogènes vers au moins trois patrouilles des Nations unies », a fait savoir le Haut-commissariat aux droits de l’homme à Genève. La Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (Monusco) « est en train de discuter de cet incident avec les autorités », selon le Haut-commissariat.

Les autorités congolaises n’auraient pas apprécié le déploiement à Kinshasa de 100 à 200 Casques bleus et d’une cinquantaine d’observateurs, pour protéger les civils et relever d’éventuelles violences. Elles n’auraient pas davantage apprécié l’annonce en temps réel du bilan des morts par la Monusco.

Vers une nouvelle résolution de l’Onu

Membres permanents du Conseil de sécurité, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se sont déclarés « consternés par la violence perpétrée par les forces de sécurité », dans un communiqué conjoint de leurs ambassades. « L’usage d’une force disproportionnée » et « la coupure des services internet et SMS violent les assurances que nous avions reçues de la Présidence congolaise », selon le texte. « Ces actions du gouvernement entravent le processus démocratique », ont conclu Londres et Washigton.

Ces violences et ces condamnations interviennent alors qu’une mission conjointe américaine, britannique et française se trouve en RDC pour préparer une nouvelle résolution des Nations unies d’ici au mois de mars, ont indiqué à l’AFP des sources diplomatiques. Cette résolution déterminera le nouveau mandat annuel de la Monusco, alors que les autorité congolaises ont annoncé un calendrier supposé déboucher sur des élections le 23 décembre.

Rester mobilisés

« Il n’y aura plus de répit pour la dictature »: les organisateurs des marches – un « comité laïc de coordination » (CLC) reconnu par le Vatican – ont demandé mardi « au peuple de Dieu de rester mobilisé pour répondre à son prochain appel ». « Restons inébranlable » a lancé l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, en condamnant les violences des forces de l’ordre « plus armées que sur un champ de bataille ».

Le cardinal Monsengwo, un proche du pape François, est la cible des pro-Kabila, lesquels rappellent qu’il n’incarne pas à lui tout seul les positions de l’épiscopat. Le porte-parole de la Majorité présidentielle, André-Alain Atundu, assure que le président de la conférence épiscopale, l’archevêque de Kisangani, Mgr Marcel Utembi, « dénie toute responsabilité de l’épiscopat dans l’organisation de la marche du 21 janvier ». Et le conseil des ministres congolais a appelé lundi les membres des confessions religieuses à « ne pas se compromettre dans les activités politiques susceptibles par ailleurs de générer le chaos en République démocratique du Congo ». Rappelons que le Vatican considère la défense des droits sociaux et politiques des fidèles comme partie intégrante de sa Doctrine sociale.

Couacs au gouvernement

La ministre congolaise des Droits humains a souhaité que les violences policières « soient punies » dans un entretien diffusé mardi par Radio France internationale (RFI). Marie-Ange Mushobekwa a déclaré « ne pas comprendre comment les forces de l’ordre décident d’ouvrir le feu », alors qu’elle était interrogée sur les tirs en rafale qui ont tué une jeune femme devant une église (une aspirante religieuse, par ailleurs fille d’un major de la police), selon des témoignages concordants. Le gouvernement a pourtant, lui, salué le « comportement professionnel de la police » en dénonçant la présence de « casseurs » parmi les manifestants.

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